Pas de résumé des épisodes précédents.
A l’heure sombre où j’écrivais les lignes qui précèdent à la lueur vacillante d’une bougie dont la flamme rendait l’âme à gauche, un léger bruit se fit entendre
derrière moi. J’étais attablé à mon bureau, un verre de Martini posé à mes côtés comme un perroquet sur mon épaule qui m’aurait dit : « Prends garde ! ». Un courant d’air
frais fit frissonner les pages du livre que j’avais ouvert pour peaufiner la rédaction de mon histoire (« Métaphore Alamo, ou Comment réussir sa métaphore filée sans filer la migraine à
son lecteur »). Une fenêtre avait dû s’ouvrir quelque part, ou alors quelqu’un respirait très très fort derrière mon dos avec une grande bouche et d’énormes poumons.
Les rideaux de ma modeste
demeure battaient pavillon noir en cette soirée où la nuit avait revêtu son costume de cuir le plus obscur. Dans le poulailler principal du jardin, les poules auraient claqué des dents si leur
patrimoine génétique avait été différent. Elles avaient la chair de poule, ce qui parait la moindre des choses, sauf si on sait que leurs plumes l’avaient aussi. J’en étais arrivé à un moment du
récit où il fallait que je décide quoi faire de mon messie : rêve ou réalité, apparition hallucinatoire ou signe tangible, chouette hulotte de l’imagination ou cygne quadrupède du monde d’en
bas. La nuit régnait, dans mon récit aux épaules fragiles et dans mon bureau aux poutres charpentées.
Une voix s’éleva, comme un homme gigantesque qui se lèverait parmi une foule de nains assis. « C’est le
messie qui te parle », dit-elle. « Encore ! », songé-je en moi-même. Je levai les yeux au ciel afin de voir mon
interlocuteur. Je regardais attentivement le lustre, le plafond, sans rien voir. « Euh, non, je suis là » fit la voix qui émanait de mon canapé. Je pensais alors qu’elle
provenait d’un des coussins en soie orange qui tapissent mon canap’ et que le messie s’était incarné pour passer incognito. En m’approchant, j’aperçus un petit homme, râblé, aux muscles saillants
dans son t-shirt trop court, dont le front dégarni faisait penser aux troupes italiennes vers 1915. C’est sûrement un des gardes du corps du messie, pensé-je.
« - Où est votre patron ? » lui
demandé-je innocemment.
-
Ben, j’ai pas vraiment de patron. Enfin dans l’idée c’est Dieu, mais c’est pas forcément qui vous
pensez…
-
Ah, c’est toi, le messie ? » dis-je sans réussir à cacher la pointe de déception qui venait clouer le supplicié de l’illusion sur la porte
de la croyance.
-
Ben, oui. Tu veux que je te montre ma carte professionnelle ? » Face à mon silence étonné, il
continua : « Bon, je viens te voir au sujet de cette histoire que tu écris sur moi, là, sur le blog… Je ne suis pas trop content de ce que tu racontes, en fait…»
-
Ah, tu es en colère ? Alors ? tu vas faire pleuvoir des grenouilles et des sauterelles porteuses de la fièvre porcine dans mon jardin, tu
vas changer l’eau de ma piscine en sang contaminé, tu vas faire s’abattre la foudre sur ma maison afin que je sois plongé dans les ténèbres ?!!!!!!
-
Ben non. (un long silence) Je ne suis pas un super héros, je n’ai pas de super pouvoirs. Par contre, si ce que tu dis ne me plait pas, je
peux te traîner au tribunal pour outrage à messie dans l’exercice de ses fonctions. Ou te taper sur la gueule à coups de Bible.
-
Tu vas au moins prononcer une formule magique qui me couvrira d’ulcères bourgeonnant en pustules ?
-
Non, sauf si j’arrive à te convaincre de manger un plateau de fruits de mer pas frais…
-
Ah bon. (j’étais désarçonné par son attitude, comme un jockey qui aurait grimpé un chameau). Par quel miracle es-tu arrivé là, messie ?
Téléportation, ubiquité, dématérialisation, transmutation en spectre ?
-
J’ai sonné en bas, mais personne n’a répondu, alors j’ai poussé la porte. Il faut que tu arrêtes avec tes conneries de miracles et de magie
noire ! Je suis un messie moderne, je veux démontrer l’existence de Dieu !
-
Ah ouais, tu vas faire des miracles, tu vas faire marcher des footballeurs de St Etienne, tu vas faire apparaître le monstre du Loch Ness dans un
bénitier à Lourdes, tu vas guérir les acnéiques lors d’un concert de Tokyo Hotel et tout !
-
Ah non… A l’issue d’une démonstration rationnelle, je vais démontrer l’existence de Dieu. Et on vivra tous suivant les principes
divins.
-
C’est pas très rock and roll, ça. On te verra au bras d’une demi mondaine genre Marie-Madeleine qui aura joué dans des films X ou couché avec le
président ?
-
Non ! Moi, je démontre l’existence de Dieu et puis je pars élever du fromage de chèvre en
Lozère, basta ! Je ne veux pas finir pape… Je veux le bonheur de l’humanité, pas le pouvoir.
Je me demandais tout à
coup si je n’avais pas face à moi un terrible imposteur. Un messie humble et désintéressé, petit et mal barbu, incapable d’imprimer le négatif de son corps dans un suaire
quelconque.....
A suivre !
Dernière minute !!