Mardi 13 mars 2012 2 13 /03 /Mars /2012 22:49

 

 

Et puis un soir, tard, Oliver se pointe dans la yourte collective. Il dit bonjour à tout le monde, on était tous les 4, 5 avec lui. Seb, Manu, Nath, moi et Olivier. Puis Manu dit : « Pas de messe basse sans curé! » On lui explique qu'en fait Olivier parle normalement, qu'il faut qu'il remette son appareil. « Oui, ben non, c'est pas pareil, moi je veux entendre aussi ! Il faut que tu parles plus fort ! » On lui met son appareil dans l'oreille, sans lui dire ce que Seb en a ait l'autre soir. Seb dit « Ah, ça se met comme ça ? ». Je leur demande de fermer leur gueule : Oliver ne se pointe pas un dimanche soir à 23h00 pour entendre nos conneries. Plutôt pour nous dire les siennes.

« - Les gars, je vais avoir besoin d'un coup de main.

- Ok, Si c'est pour boire un coup demain, viens pour l'apéro, vers 18h00 ! » que je lui dis, avec cet humour qui fait passer Djamel pour un économiste grec.

- Comment dire ? J'ai besoin de vous, là, maintenant. Et j'ai aussi besoin que vous soyez pas trop regardants sur ce que je vais vous demander.

- Tu sais, de nuit, comme ça, à moins de sortir la lampe frontale, on va pas être trop regardant ! » qu'il dit, Seb, le nez dans sa bière.

- Vous avez des pelles ?

- C'est pas une heure pour faire du jardinage, si ? », interronégationne le Manu.

 

Je vois le Oliver hésiter, louvoyer, hésitant comme l'albatros du poète, mais déplumé et roulé dans du goudron. Alors que son style normal est direct, style la droite qui est le plus sûr moyen d'aller rapidement d'un point à un autre sans passer par le périf. Ça sent l'embrouille, comme dans le slip de DSK. Mais c'est un ami, un vrai, alors s'il faut aller planter des choux de nuit, on ira. Sauf que j'ai plutôt l'impression qu'on est parti pour aller planter le jardinier.

« - En fait, articule-t-il pas bien, j'ai un colis. Qu'il faudrait mettre en lieu sûr.

- Tu sais, Oliver, la forêt de Montgeon, c'est pas la banque de France, sauf si tu comptes sur les racines pour faire vigile.

- Oui, Virgile et Racine ont écrit des trucs très bien, mais là c'est pas un horaire pour faire café littéraire ? » demande Manu, qui n'entend pas bien et aurait bien été se lover dans les bras de Morphée.

- Le colis, tu le reprends quand ? » que je lui demande, en voyant venir le sac de poudreuse gros comme un éléphant rose dans un couloir hallucinogène.

- Le colis, je le reprends pas. »

- On peut le consommer, le colis, alors ? » demande Seb, qui ne crache pas sur un bon shoot de temps en temps, tant qu'il y a pas besoin de se foutre en short.

- Tu peux consommer, si t'es nécrophile », qu'Oliver laisse tomber comme une bombe atomique sur un magasin de porcelaine à Hiroshima.

- Oui bon ben alors on file, d'accord ! » abrège Manu qui est le seul à ne pas rester bouche bée. Et il sort avec la pelle sous le bras.

 

Bobby disait, sans qu'on comprenne forcément, que si la mort c'est le drapeau américain qui flotte sur la Lune alors la vie c'est une étoile filante. 

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Lundi 12 mars 2012 1 12 /03 /Mars /2012 22:18


 

1/ En ce temps-là, on vivait dans la forêt. Comme des loups, mais avec des pulls. On mangeait ce que la nature voulait bien nous donner, à condition que ça ne court pas trop vite. En gros, on bouffait plus de hérisson que de caviar. Y en a, des arêtes, dans le hérisson. C'est le seul plat où les cure-dents sont fournis avec la bouffe. Remarque, il y a aussi l'oursin, mais va en trouver, des oursins, dans la forêt de Montgeon...

 

On vivait dans la forêt de Montgeon, donc. On avait un grand 9 km2, en plein cœur du Havre. Mal chauffé, certes, mais bon. On était en colocation avec les cyclistes le dimanche matin, les putes le soir, les exhibitionnistes un peu tous le temps, les familles avec leurs gosses et leurs poussettes le dimanche après-midi. Pas de loyer, pas de réunion de copropriété, pas d'électricité.


On était 4. En fait, 3. En vrai, 4, mais bon. Ça dépend de si on comptait Seb. On avait fondé une communauté zapatiste. Bref, on était zapatistes. Et assez seuls. Faut dire qu'on était à 8 000 km du Chiapas. On avait cramé nos diplômes, on s'était torché le cul avec nos papiers d'identité. On avait dit merde au monde capitaliste, qui nous avait prêté une oreille distraite. Le monde capitaliste ne prête pas grand chose, mais bon, une oreille distraite, ça coûte rien.

 

Au début, on était plein, Oliver venait souvent sur son vélo, encagoulé, avec une pipe au bec, son klaxon hennissait dans la nuit, c'était beau comme un article du Monde Diplo. Bobby venait aussi, on croyait tous qu'il parlait vraiment espagnol, ça faisait vraiment zapatiste. C'est plus tard qu'on a compris que c'était du cauchois et qu'il était toujours enrhumé. D'autres sont venus aussi, surtout des mecs, le collectivisme sauvage sous la bruine normande, ça valait pas tripette pour draguer.


Petit à petit, les autres se sont rangés des voitures : ce qui ne marchait pas au Chiapas piétinait ici. Nous, on était pas trop ouverts à la discussion, on a même foutu Guillaume Pays-Bas à la baille dans le lac un soir où il avait dit qu'on était post-marxiste alors qu'en fait on n'était pas d'accord avec l'appellation pour des raisons que je ne me rappelle plus bien. J'en ai honte, surtout que le lac est dégueulasse et plein de vase au fond, comme nous peut-être.

 

Il y avait Manu et Nath, et puis Seb, ou pas. Seb vivait dans le coin, il se sanglierisait, il bouffait des glands et se roulait dans les flaques de boue. « Il se roulait dans les flaques debout », on aurait aussi pu dire, rapport à sa petite taille. On était de moins en moins zapatiste et de plus en plus clochards, si on y pense. Mais des clochards zapatistes.

 

Comme disait Bobby, qui ne brillait pas toujours par la clarté de sa prose : « la politique, c'est le lampadaire que le fou contemple quand le sage habite une étoile. » 

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Mercredi 21 septembre 2011 3 21 /09 /Sep /2011 21:16

 

 

 

 

Chirac trembla légèrement, frêle feuille fragile fuyant dans le vent automnal, ffffff. L'ours avait parlé. C'était pas un gros ours, c'était pas une grosse voix, il avait pas dit des gros mots, mais Jacques avait du mal à déglutir, comme s'il essayait de gober un œuf avec le poussin dedans. La scène se passait chez Sherpa et de commentaire.

 

 

« - Hum...» qu'il balbutia, l'ex-président .

«- Bon. La petite et moi, on vient du futur », dit l'ours en désignant la grande Maddy. « On est là parce que c'est le bordel, dans le futur. C'est pas pour critiquer, mais, par exemple, si je tenais le cochon qui a fait reprendre les essais nucléaires à Mururoa en 1995, je lui collerais mes empreintes digitales dans le groin ! »

Chirac s'étrangla et desserra sa cravate à pois, qui lui parut soudain lourde comme une cravate à poids, du coup.

«- Les girafes qui font 1,50m, c'est un peu ridicule, mais c'est pas grave. Elles bouffent de la salade et puis c'est tout. Par contre, le loup de 1,50 m qui cavale après le lapin de 1,50 m, c'est pas sain. On n'y retrouve pas ses petits. Il y a des confusions, des lapins qui bouffent des loups, rapport à leur taille.

- Comment qu'on règle ce genre de conneries, nous ? » questionna Serginette, qui voyait bien qu'il fallait déblayer le terrain pour que son Sherpa de mari y retrouve sa clé de 12 en rentrant.

- Il faut juste trouver une partenaire sexuelle au Mak », qu'il dit, l'ours. « Qu'il engrosse pas toute la création, à la fin, merde. Parce que là c'est plus possible. Quand t'es dans la nature peinard et que t'as un Jack Russel de 1,50m qui te saute à la gorge, ça me donne envie de voter Chasse, pêche, nature et saucisson.

- Faut JUSTE trouver une partenaire sexuelle pour le Mak ? Tu rigoles ou quoi ? T'as pas plus simple comme mission ? Genre aller sur Jupiter en jupe, aller sur Mars en marcel, …

- On a compris, Nathalie. C'est bon. ». Serginette avait de la ressource et de l'autorité. « J'ai peut-être une idée. Je me charge de dégoter une Makette, une fille qui aurait pas froid aux yeux et qui aurait pas froid au cul non plus. Ça règle les problèmes du futur ?

- Pour moi, c'est bon. » hulula l'ours.

- Politiquement parlant, à un niveau humain, il y a peut-être d'autres soucis. Maddy me l'a dit en venant, mais elle se rappelle pas bien les détails. Tu as dit que Bobby était devenu dictateur, dans le futur, hein ? » posa Nathalie d'un point de vue interrogatif.

- Dictateur, oui. Ou éditeur, je sais plus bien. Ou chiropracteur, ou gladiateur. »

 

 

 

 

 

 

 

Comme la vie est bien faite, c'est sur ses entrefaites que l'avion de Sherpa, Manu et Raymondo Menech se posa, parallèlement à la question de Nathalie. Tout le monde était bien content de se retrouver, personne ne fit trop attention à la 3ème jambe de Manu. On exposa la situation avec une clarté qui n'était pas sans rappeler une nuit sans lune passée au fond d'une grotte profonde. Sherpa s'en foutait, c'était une sorte de spéléologue de la politique. Sa lampe frontale, il l'avait dans le dedans de sa tête. Il hocha la tête plusieurs fois, bava un peu et tint ce discours :

« - La cellule Jaurès est en danger. Le socialisme est en danger. Faut remettre Villepin en selle, dézinguer la concurrence et faire griller des saucisses.»

 

 

 

 

 

 

Une fois les saucisses remises à leur place, Sherpa reprit :

« - On a trop essayé de comprendre pourquoi ce qui s'est passé s'est passé. C'était une tactique de merde, maintenant on se bouge le cul et et là on va décider de ce qui va se passer ! » rugit Sherpa.

- La meilleure tactique, c'est que, dans l'équipe, chaque lion ait son cancer !» fit remarquer Raymondo, qui s'y connaissait plus en astrologie qu'en foot.

- Moi, je suis pas pour qu'on inocule des saloperies au roi des animaux ! » dit Manu, qui s'y connaissait plus en foot qu'en astrologie.

Nathalie : « Faut voir à pas s'éparpiller les neurones, alors moi je me concentre sur un truc à la fois. Je travaille le dossier PS 2012, et puis je fais pas 50 000 trucs à côté. Me demandez pas de comprendre pourquoi Dieu ceci, Jésus cela, le diable pouet-pouet et tout le bazar..

- Il faut que le candidat du PS soit nul, minable, creux comme un arbre mort, mort comme un arbre creux ! Il nous faut un gros naze, un sous-Jospin, un demi-Rocard. Un qui soit sûr de perdre contre notre Dominique. Nath, tu te démerdes pour qu'au PS, celui qui se présente, ce soit le pire.

- Je les laisse se débrouiller ou j'interviens ?

- Il faut que le candidat du PS pour 2012 soit du bois dans lequel on pourra tailler le cercueil des ambitions des éléphants du parti. Un gros cercueil, pour enterrer plein d' éléphants.

- Je vais vérifier la fragilité de l'arbre socialiste qui cachera la forêt de nos ambitions. Je vais prendre Martine Aubry entre 4 yeux et on va éclaircir le tableau à coups de monochrome blanc sur fond blanc.

- Tu penses pas que ce serait mieux de voir Hollande ?

- Sur Aubry, j'ai un dossier de 800 pages. J'ai de quoi la faire chanter, elle pourrait bosser à l'Opéra Garnier ! Je veux voir ce qu'elle a dans le ventre.

- Vous voulez mon opinel ? », demanda poliment Jacques Chirac, toujours prêt à rendre sévices.

« - Et sur Hollande, t'as quoi ?

- Ce mec, il est lisse comme une vis patinée, peut-être même qu'il est honnête, je vois pas par quel bout le prendre, j'ai rien sur lui.» soupirit Nathalie.

« - Il suffit de demander, ma petite dame » dit Chirac en se pourléchant les babines comme s'il avait les babines en Nutella et la langue en pain d'épice et une furieuse envie de se taper une tartine de pain d'épice au Nutella et un ex-premier secrétaire du PS. Il plongea sa main dans sa poche.

 

 

 

 

 

 

 

« - Le candidat du PS, ça doit être une bille ! Le dynamisme de Hollande, l'élégance de Aubry, la sagesse de Royal, la vie sexuelle de DSK, la loyauté de Jack Lang, tout quoi !

- Je vois le genre. Mais ce serait pas plus simple que notre Dominique de Villepin soit le candidat de la gauche, vu que c'est le seul qui soit à base de Jaurès ? » demanda Nathalie, moins forte en politique interne du PS que Sherpa en bricolage.

- Trop simple. Aucune chance que ça marche.

- Oui, vous allez infiltrer le PS et vous vous démerdez pour que l'heureux élu des primaires, ce soit une quiche ! » insista Sherpa, qui ne se rappelait plus qu'il se répétait lourdement.

- Lorraine, la quiche ? » hasarda Manu.

- Faudrait qu'il soit sapé comme Manu ! En fait, ….». Sherpa sourit. « L'idéal, ce serait que le candidat socialiste, ce soit Manu !!!!!»

 

 

 

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Dimanche 8 mai 2011 7 08 /05 /Mai /2011 15:30



 

 

Bérégovoy me prit par la main et pour un rigolo.

 

« - Tu me reconnais ? » me demanda-t-il du regard.

« - Ben oui, quand même ! » lui répondis-je d'un clin d'œil.

«- Tu me suis ? » m'invita-t-il d'un geste de la main.

« - Je te suis » confirmai-je d'un mouvement des pieds. Et hop, on était partis.

 

 

 

 

Puis on était arrivés. Dans une sorte de château. Des oiseaux gazouillaient des trucs gazouillants, style « Les dents de la mer ». Béré me regarda dans les yeux, solennel comme un drapeau le 11 novembre.

 

 

 

« -Tu vois la porte là-bas ? » J'opinai, comme le type qui a dévalué le franc il y a des années, Jo Pinay. Rien à voir avec Jo Pinel, qui était rémouleur. « Bon. Quand tu ouvres la porte, il y a un nain. Dans ce nain, il y a un autre nain, plus petit, et puis un autre dans le deuxième, etc. Tu dépèces les nains jusqu'au moment où, dans le dernier nain, il y a un playmobil. Ce playmobil a une épée à la main. Tu la prends et tu dois t'en servir pour chatouiller une princesse qui habite le quartier. La dite-princesse, mise de bonne humeur, te révèlera alors les 8 chiffres de sa date de naissance. Ça formera un numéro de téléphone que tu composeras sur le digicode en bas d'une tour pas loin. Là, un druide gaélique aveugle t'ouvrira et te donnera les cordonnées géostationnaires d'un dragon qui ne s'est jamais lavé les dents. Chacune de ses morsures est mortelle. Tu prélèves le foie du dragon et puis tu le poêles avec des petits oignons, que tu auras émincés avec du vinaigre balsamique en soufflant 7 fois de la muscade par le nez. Là, tu vomiras 7 fois. Tu trouveras dans ton 7ème vomi la clé qui te permettra d'ouvrir un coffre dans lequel un perroquet te délivrera un plan qui te permettra de rejoindre la porte du château où on est, porte qui s'ouvrira sur une rose magique. Cette rose est précieuse, car ….

- Et toi, tu sais laquelle c'est, la porte avec la rose magique ?

- Euh, oui, c'est la porte juste à côté de la porte où il y a le nain derrière, à droite.

- Ben je vais y aller direct, en fait, parce que sinon on n'est pas rendus....

- Ohlala, ça manque un peu de panache, tout ça !

- Non mais on est obligé, Béré. On a un timing très serré, on peut pas passer 45 épisodes à aller chercher des conneries qui permettent de trouver d'autres conneries. On a une élection à gagner, faut qu'on venge ta mémoire...

- Ranger ma mémoire ? J'ai pas encore Alzheimer, petit con !

- Non, venger !

- Manger ma mémoire ???? Cannibale, va !

- Non, venger !!!!!

- Changer ma mémoire ? Uchroniste !

- Non mais Béré, faut te calmer. On voulait juste VENGER ta mémoire, au départ. Et de fil en aiguille, on en est venu à avoir des tas de trucs sur les bras, comme des tatouages qui diraient « Faut gagner en 2012 », « Faut battre Sarko par ko », « Jésus, tu pues », « Rougy Vacances, Villepin présidence », «Ramène du pain » et tout ça.

- Ah bon. Bon.

- Elle sert à quoi, la rose magique ?

- Ah. Bon. Tu connais Raoul Villain ?

- Bof.

- Tu connais Jaurès ?

- Oui quand même !

- Eh bien Villain, c'est celui qui a collé 2 balles à Jaurès. (un long silence) Bon, ben, Raoul Villain a eu un fils.

- Ah ?

- Oui.... Comment dire ? Tu as bien connu ton grand-père ?

- Non.

- Ton grand-père, c'est Raoul Villain.

- Ahhhhhhhhhh!

- Oui, ben attends, c'est pas le pire.

- AHHHHHHHHHHHHH !

- Tu crois que je suis mort comment ?

- Ben, suicide, pan pan le long du canal, à cause le prêt tout ça tout ça....

- (un très long silence) Ton père ne t'a donc rien dit ?

- Ben non ! Parce que quoi ? Non !!! Un assassinat ? Nonnnn ???!!!!

- Oh, attends le meilleur ! Tu sais qui m'a poussé dans le canal ?

- Non ?

- Tu ne sais pas qui on appelle « Plouf le 1er ministre », par ici ?

- Non ?

- Comment dire ? Tu connais bien ton père ?

- Ben bof...

- Hum...

- Parce que tu veux dire...... Que c'est mon père qui … Plouf ??????

- La rose, c'est pour me venger. Et laver l'honneur de ta famille.

- Ah là, l'honneur de la famille, il faut un bidon de 5 litres pour le ravoir, au moins.... Non mais j'y crois pas. (un petit silence) Raconte un peu pour voir.

- On est le 1er mai 1993, à Nevers. J'appelle François

- Hollande ????

- Mais non, petit con. Mitterrand. Pour lui dire qu'on a repéré la taupe de droite qui a infiltré le gouvernement et qui le fait pencher à droite. Et au moment où je vais dire « Fabius », on me pousse. Plouf.

- Ouhlalala ! C'est pas un pêcheur maladroit qui vous aurait fait tomber sans faire gaffe, ou quoi ?

- Et qui me tire sous l'œil au pistolet quand je suis remonté à la surface ?

- Gloups.(un silence coupé d'un sanglot long comme un automne monotone)

- Donc tu as la mission de buter ton propre père, et vite. Parce que, vois tu, si un candidat de gauche réussit à gagner en 2012, on ne voudrait pas que tu perpétues la tradition familiale et que tu tues l'élu.....

- Rien d'autre ? Je me mets la rose magique à la boutonnière et je descend l'homme dont je descend. Je scie la branche de l'arbre généalogique sur laquelle j'ai le cul posé. What else ?

- Techniquement, tu lui plantes la tige dans le cœur.

- Bon, je vais tuer mon père. Y a pas besoin que je couche avec ma mère, non ? Sinon, dites le, que je profite de l'enterrement.

- Va, vaillant villepiniste vigoureux qui va vivre une vibrante aventure ! »

 

 

 

        Je rejoignis les autres au concert. J'allais reformer Oedipe Purple. Moi, je jouerai de la tige de rose et mon père serait au chant. Du cygne.

 

 

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Jeudi 7 avril 2011 4 07 /04 /Avr /2011 22:56

 

On dine chez Clerstream.

 

 

 

 

         Nathalie et Maddy marchaient d'un bon pas. De ce pas qui rapproche Calcutta de Romorantin. De ce pas vif qui donne l'impression d'être assis sur mille mille-pattes qui avancent à la queue leu leu sur des tapis roulants posés sur des plaques tectoniques en mouvement. Les deux filles cheminaient vers chez Sherpa dans la nuit comme deux petites flammes rouges se dandinent dans l'âtre quand le feu s'éteint et passe au vert. Nathalie pensait à ce que Maddy lui avait dit, et Maddy pensait à ce qu'elle n'avait pas dit. Dans la campagne, ça sentait bon la pelouse tondue.

 

Nathalie demanda à la petite:

«- Sinon, ça a beaucoup changé, la Terre, dans le futur ?

- Ben oui,quand même ! Par exemple, Prof est mort.

- Oui, et bien tu lui dis rien ! On a une enquête à mener, plein de gens super importants à sauver, une élection à remporter, faut éviter une dictature verte, y a Bobby qui pète les plombs qu'étaient branchés sur l'éolienne, si en plus on s'emmerde avec les petits problèmes perso des uns et des autres, on n'est pas rendu !

- Moi je dis ça juste parce que c'est moi qui l'ai buté...

- Tu veux une prime ?

- Non non non.... sinon, du futur de là où c'est que je viens,....

- Y a plus de syntaxe ?

- Si si. T'as déjà vu des ours ?

- Ben oui. Seb au réveil, on le compte comme ours, à WWF.

- Ben dans mon futur de quand je suis au présent, y a plein d'ours. Y en a même dans les bois autour de la maison.

- Genre là où on est tout de suite ?

- Oui, mais dans le futur, hein..

- Ils viennent de Slovénie, les ours ?

- Non, c'est des sauvages. Dans le futur, on a appris à respecter la nature et là où vous aviez planté des chasseurs, on a planté des espèces menacées.

- On serait des gros cons et vous auriez toujours raison, non ?

- Non, c'est pas ça.... C'est juste que quand même; la plage du Tilleul, c'est plus joli avec des tortues.

- Y A DES TORTUES AU TILLEUL ? Ben merde alors !

- Le truc, c'est qu'ils mesurent environ 1,50m.

- Les tortues ?

- Ben tout. Les tortues, les ours, les girafes....

- Sérieux ?

- Oui, ça s'est fait très vite. Il y avait de moins en moins d'animaux, à part les rats et les sauterelles, et puis vers 2012, ça s'est mis à pulluler. Mais à pulluler petit.

- Remarque, ça prend moins de place, comme ça, la nature.

- Il paraitrait que (c'est Sherpa qui en a causé un soir où il avait abusé du Mamie Jacqueline 12 ans d'âge) que Seb le Mak serait dans le coup. Il aurait forniqué avec toute la création.....

- J'ai rêvé, ou l'arbre a tremblé ? Peut-être que ce que tu racontes lui a fait peur à lui aussi, ….

- Ah oui, l'ancêtre, t'as pas tort, ça grommelle par là bas.

- Oui bah moi j'aime pas quand ça grommelle. J'aime mieux quand ça grommelle pas. Allez, on se magne le cul d'aller chez Sherpa !

- Avec quoi que tu veux l'allécher, Sherpa ? En plus que je suis sa fille et qu'il nous écoutera attentivement.

- Putain, là, un ours !

- Oui, bon, il est tout petit, va pas paniquer, mamie !

- Tu m'appelles mamie encore une fois, je te décolle la tête, poulette !

- Eh, tu causes pas comme ça à la petite ! » dit l'ours, qui n'était pas très grand, mais causant.

 

 

 

           Chez Sherpa, souviens toi, lecteur, on y était il y a à peine 245 épisodes, Chirac trouvait le temps long. Il avait l'impression qu'on ne faisait pas plus attention à lui que s'il avait été une vieille chaussette un jour où la machine à laver est en panne et tout le monde en tongs. On lui avait confié la gosse, Maddy. Il avait essayé de lui apprendre à truquer des comptes de campagne mais le genre de campagne qui semblait l'intéresser, c'était celle qui était dehors, et qui puait la gadoue et les genoux tout sales et le fumier, genre une sorte de salon de l'agriculture géant et en extérieur. Elle s'était fait la malle dans le jardin, il s'était frotté les mains. Comme si il s'essuyait les pognes de la terre que la gamine allait se coller dans les cheveux.

Serginette, la femme de Sherpa, qui était aussi la mère de Maddy, la digne fille de Sergio, celle qui savait jouer la 5ème symphonie de Beethoven à la scie sauteuse, la Modigliani de l'enduit, bossait dans un coin. Elle débitait un gros chêne avec le plat de la main, c'était assez spectaculaire, une sorte de karaté cauchois sur nature morte.

 

 

          Jacques Chirac, qui avait eu le bouton du feu nucléaire sous le doigt, s'empara de la télécommande de la téloche, de guerre lasse. Il appuya sur la 1 et tomba sur une émission bizarre, une sorte de télé-réalité très réalité. A l'écran, on voyait Raymondo Menech dans un avion, tout rouge, qui tenait en respect Sherpa et un autre type que l'ex président n'avait jamais vu. En bas de l'image qui dansait devant ses yeux comme Emmanuelle dans « Salsa salade de fruits, joli joli », il y avait trois propositions, pas forcément malhonnêtes.

« - Si vous voulez que Raymondo Menech bute ses otages, tapez 1. Si vous voulez qu'ils aillent jusqu'au bout de leur mission en Afrique du Sud, tapez sur des bambous. Si vous voulez que tout ce petit monde rentre sagement chez lui, tapez sur 3. N'oubliez pas que la télé fait la réalité et que la Matmut, elle assure. »

         

             Jacques tripota nerveusement la zapette comme si ça avait été une compagne en campagne. Il appuya très fort sur la touche 3. A l'antenne, l'animateur lui fit un clin d'oeil obséquieux sans même savoir ce que ça voulait dire, obséquieux. On lui apporta un fax qu'il lut en direct: « Oui et bien le résultat des votes vient de tomber, contrairement à l'avion de nos sympathiques candidats. Une majorité de suffrages s'est prononcé, l'avion rentre à la maison, Raymondo rentre à la raison. Rappelez vous que Manu ne s'est pas lavé les cheveux avec Pétrole-Ane et que Sherpa n'est pas habillé par Gucci. »

 

 

       Dans l'avion, beau joueur, tout le monde se serrait la main, enfin Raymondo serrait la main de Manu, qui serrait la main de Sherpa, qui serrait la main de Raymondo, qui serrait la main des 3 caméramen que depuis le début Sherpa se demandait ce qu'ils foutaient là, eux. L'avion fit un demi-tour au frein à main et prit la direction de chez Sherpa.

 

         L'ex-président se retourna vers l'esclave berrichonne qui préparait la bouffe et cria « Faut rajouter 2 ou 3 couverts ! ». Elle répliqua « Ah oui, ça s'est un peu couvert » pour être poli, vu qu'elle était moins sourde qu'un pot mais presque comme Manu quand même.

           Là, Nathalie, Maddy et l'ours entrèrent dans la maison comme on entre en religion quand on a les cheveux verts. « Comme on fait son lit, on se mouche dans les draps », dit l'adage.

         Serginette, qui était très ouverte comme personne tant qu'on la faisait pas chier à lui poser des questions sur la date de naissance des rois de France, fit signe à l'étrange trio de poser son cul dans le canap. Jacques Chirac s'en leva comme s'il était en fourrure de hérisson et demanda méchamment « Euh, l'ours, il peut pas rester dehors ? Ou alors il est là pour faire un numéro, genre danser sur un ballon tout en bouffant du miel bio ? Faites moi disparaître cette bête, là, je suis allergique aux plantigrades depuis que je connais Emmanuelli.

- Ça va être compliqué de me faire disparaître, papy. Je suis plus une espèce en voie d'extinction de voix. Je suis pas une bête assemblée nationale qu'on peut dissoudre d'un coup de génie, moi. »

Jacques Chirac se pinça pour y croire, vida une bière cul sec, trempa sa chemise de sueur froide et faillit s'étouffer en s'entendant dire à un ours: 

« - Non mais un peu de respect ! J'ai fait 83% en 2002, moi monsieur !

- Tu te rappelles ton discours crypto-écolo de Noisy le sec, en 2007 ? « Il faut redonner la parole à la nature », que tu disais. Ben, c'est fait, bonhomme. Y en a qui t'ont pris au mot. »

 

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