74 Clearstream décapotable, direction assistée vers le Grâal

Publié le par prof

 

« Quand je dis ''je'' c'est de vous dont je parle, imbécile » disait Victor Hugo, je ne sais pas trop où, ne me demandez pas, je sais à peine où on en est dans cette histoire c'est pas pour vous retrouver une phrase de Hugo dans 12 000 pages de correspondance. Si c'est le grand Totor qui avait écrit ce texte, ce qui aurait sûrement alourdi le style, il aurait fait dire à l'une des 2 Maddy : « Quand je dis ''je'', c'est de toi que je cause, morue ». Car le destin des 2 Maddy à l'orée de ce chapitre était de se croiser pour un face à face dégueulasse qui allait laisser des traces.

 

Chétive cerise tombée de son cerisier, la petite Maddy cherchait ses parents, comme on aurait cherché deux papilles dans une mule du coin. De son côté, la grande Maddy avait été malmenée par la vie et l'ours Teddy Bébert l'ours pervers, fragile cerise réduite en marmelade. Puis des gars de la bande à Georges lui avaient mis la main dessus. Elle était retombée dans les pommes pour la 3ème fois en pas longtemps, se préparant au pire.

Mais le pire n'est jamais sûr et la cire n'est jamais pure, comme disait Maya l'abeille ! Maddy du futur s'était réveillée comme une fleur même pas butinée, loin de tout. L'esprit confus, le souvenir hésitant, le genou mou. Elle n'avait pas entendu Dédé-le-boucher demander à Georges le lapin si elle pouvait passer à la casserole, avec sa bite dans le rôle du manche. Et elle n'avait pas entendu non plus Georges acquiescer mollement, ni le saint Esprit dire une fois Georges parti :

« - Finalement, Dédé, la gosse, tu la malmènes pas. Elle peut nous emmener aux connards qui ont excité les démons, on va l'équiper. Tu lui ôtes sa bague, tu lui mets un géolocaliseur et un micro dedans, tu refermes le bazar et on va larguer la môme dans la pampa.

- On viole personne ? demanda quand même Dédé.

- Non, sinon je te viole le pif avec mon genou. On a du pain sur la planche, et cette fille ça peut être le couteau, si tu vois l'idée. »

Ainsi Maddy du futur était vivante, paumée, sur écoute et géolocalisable.

 

 

     Les deux Maddy marchaient donc l'une vers l'autre sur un grand chemin qui allait de l'une à l'autre. Autour d'elles, des rochers anonymes menaient leur vie de rocher comme si le petit poucet avait eu les bras de Sisyphe. Dans le lointain, les hautes tours d'un château faisaient leur intéressante. Maddy ne s'attendait pas à se rencontrer l'autre et ne savait pas trop quoi dire à cette forme décalée d'elle-même. Dans sa camionnette équipée, Dédé hurla « Contact établi !! » Le saint esprit se pointa et commenta sobrement : « La petite nous intéresse pas seule, on laisse faire et on voit ce que ça donne ». Le dialogue suivant résonna alors à leurs oreilles :

« - Salut gamine. T'as paumé tes vieux ?

- Déjà, je suis pas une gamine. Et pis tu me causes pas comme ça, sinon Prof il te boxe la rate.

- Prof ? Si tu savais ce que je sais.... Tu sais ce que c'est, un pédophile ?

- Quelqu'un qui aime les pieds ? », hasarda petite Maddy dont les connaissances lexicales ne dépassaient pas la moyenne section.

« - Bon, je te laisse là, je peux pas t'emmener, tu serais un poids mort dans ma chaussure. »

 

    Ça ne passait pas dans les écouteurs de Dédé-le-boucher, ça ne se voyait pas à l'oeil nu, mais la Mort se réveilla en sursaut, toujours lovée dans le corps de la petite fille. Elle laissait Maigrelet à ses petites affaires, elle avait d'autres chats à fouetter jusqu'aux tripes. Elle sentit dans la petite Maddy la colère monter telle une mayonnaise rouge. Petite Maddy sentit comme un éclair lui traverser le corps, puis elle se jeta sur son alter ego futuriste. Dédé-le-boucher et le saint esprit n'entendirent plus alors que le bruit que la violence fait quand un éléphant fait une crise d'épilepsie dans un magasin de porcelaine. Coup de pompe dans le genou, claques parallèles sur les oreilles, mouvement du genou dans les dents, tirage de cheveux, à pieds joints sur la rate, coup de boule dans le bas ventre, torsion du nez, la coupe était pleine, pleine d'os cassés et d'organes fendus. Maddy avait eu la main lourde, avec des armes dedans. La grande Maddy rampait, l’œil vide et le souffle court. La Mort ne faisait pas les choses à moitié. La peau de la Maddy du futur avait noirci sous les coups par endroits. Comprenant ce qui se passait sans le voir, comme Emmanuelle dans « Rallume que je me rhabille », Dédé-le-boucher regarda son chef et son clignement de paupière affolé voulait dire « On intervient ? ». Le clignement de paupière de son chef signifia à son tour « Putain, on est un peu loin pour arrêter la boucherie, comment tu voulais savoir que ça allait castagner comme sur le Chemin des Dames ? ». Dans l'équipe à Georges, il y avait un cours assez pointu de langage corporel. Et le prof de sourcils était très bon.

« - Mais..... T'es marron !!!?? » cria petite Maddy sous le coup de la surprise. Maddy 1 vit que Maddy 2 portait un masque. Sous ce masque, la peau était noire. La fausse Maddy lui tendit sa bague en poussant un soupir d'outre-tombe. Dans un murmure, elle dit :

«- Je suis pas venue du futur, mais du passé. Le... le passé obscur de la section Jaurès. Je viens … Liberia …. et ma mère m'a donné cette bague et Arghhhh » et puis mourut subitement.

     A l'intérieur de la bague, il y avait un truc écrit, mais Maddy ne savait pas lire. Et d'ici on ne voyait pas bien, c'était écrit tout petit. « Faudra que j'en cause à ma mère ! », se dit la Maddy survivante en enfilant la bague. Elle était trop petite et trop mignonne pour avoir conscience de la mort. Elle contemplait la bague et ne vit donc pas la fausse Maddy du futur se rétracter, se disloquer, et puis disparaître dans un petit bruit qui n'était pas sans rappeler un discours de Robert Hue dans les années 1995.

 

 

         Une voiture passa et ses occupants virent Maddy, agenouillée devant cette autre elle-même, qui ne laissait derrière elle qu'une trace sur le sol et une forte odeur de brûlé. Lacan aurait été là, il aurait réconforté Maddy en lui disant « le senti ment ». Pas sûr que ça l'aurait réconforté, hein. La voiture dérapa dans le sable et une voix s'éleva : « Laissez venir à moi les petits enfants, ahhahahaha ! ». Le conducteur fit signe à Maddy de grimper. Elle grimpa, car le visage du chauffeur lui était familier. Et puis elle en avait un peu plein les bottes. Le type lui disait quelque chose : c'était sa trombine qu'on voyait sur la croix au calvaire. A ce stade de l’enquête, peu de gens savaient s'il était là par hasard ou pas.

 

          Sherpa, Seb le mak et Serginette la virent monter dans la caisse et disparaître dans un nuage de poussière alors qu'ils étaient sur le point de la rejoindre. Ils eurent beau courir, la tortue en forme de voiture rouge distançait le frigo qui leur tenait lieu de lièvre. Ils suivirent les traces de pneu, jusqu'à une sorte de château, entouré de douves. Ils arrivèrent au pont-levis et comprirent qu'une fête était donnée là, car il y avait des grands panneaux avec écrit ''fête'' dessus.

« - Putain, regardez ! Là-bas ! Non, pas par là, par là ! C'est la voiture qui a embarqué Maddy !

- Elle est vide, patron. » Serginette , Sherpa et le Mak entouraient le véhicule, on aurait dit Marie, Joseph et l'âne autour du berceau vide de l'enfant Jésus.

         Deux gros costauds, genre ''on fait la sécurité'', se pointèrent vers eux, menaçants comme deux porte-avions nucléaires. Leurs yeux interrogateurs lançaient des questions et des éclairs. Sherpa les regarda, regarda Serginette et puis Seb, puis reregarda les deux costauds, puis reregarda ses 2 acolytes et son œil tomba sur le frigo que le Mak portait sur son dos, comme si Sisyphe avait bossé chez Picard. Le silence durait et les deux mecs de la sécurité aimaient pas ça, les silences qui durent. Ça sentait le doute, et le doute, ça pue. Le doute, c'est l'espace qu'il y a entre une question et une absence de réponse, et l'absence de réponse ça se traitait à coups de lattes. Descartes aurait pas pu bosser dans la sécurité, ça se serait mal passé. Les deux balèzes se regardèrent pour se mettre d'accord sur qui tapait sur qui pour bien respecter les protocoles d'intervention. Comme on disait dans leur société, « Quand la caravane de la sécurité passe, le protocole aboie ».

 

«- On apporte une foultitude de fameux petits fours frais » dit Sherpa dans une improvisation géniale et une allitération qui ne l'était pas moins.

« - OK, les gars. » Les deux armoires normandes se décontractèrent la rate. « C'est aussi vous qui faites le service pour la fête ?

- Euh.. Oui !!!! » répondirent les 3 membres de la cellule Jaurès comme un seul homme.

- Vous allez jusqu'aux cuisines, et puis là vous posez vos fringues et puis vous vous foutez en tenue !!!!

- Euh, vous pouvez nous redonner le dress code de la soirée, parce que là je l'ai plus en tête... » dit Sherpa, qui mimait très bien Alzheimer.

« - C'est pas dur... Vous posez vos fringues et puis vous en mettez pas d'autres !! Vous voyez le tableau ? »

 

 

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article