A poil Clearstream !

Publié le par Didier Barbelivien

 

Avec Seb, on avait été réduit en stroumphs, on avait échappé aux crocs d’Europécologie, le petit chien de Sherpa, on était arrivé au purgatoire chez des nains de 1 cm de haut et là on avait rencontré l’ange Gabriel qui nous avait envoyés en mission en enfer, de la part de Dieu,  pour voir un truc avec Lucifer afin de mettre en branle un complot contre Jésus, qui se prenait pour une grenouille qui voulait se faire plus grosse que le bœuf, avec Dieu dans le rôle du boeuf. Jésus avait les chevilles qui enflaient, comme des cuisses que Dieu aurait bien voulu faire frire. En gros.

Quand on sait que Seb avait du mal à prendre un simple rendez vous chez le dentiste, ça vous donnait idée de l’immensité du désarroi dans lequel on était plongé, comme deux carottes épluchées dans une casserole de soupe frémissante. Là,  c’était flippant comme si on allait chez le dentiste, sauf que là, on était les caries.

 

         
             Il fallait aller en enfer. Sans s’en faire. Pour aller jusqu’à la frontière entre le purgatoire et l’enfer, ça s’était fait tout seul : les deux gros ukrainiens balèzes nous avaient accompagnés gentiment et nous avaient montré le chemin à coups de pied dans le cul. Le paysage était avenant, même si ça sentait de plus en plus le brûlé, comme quand Seb passe derrière les fourneaux. Il faisait de plus en plus chaud, comme dans « Emmanuelle installe une chaudière De Dietrich ». On était arrivé face au Styx, qui est le fleuve qui sert de frontière. Là, normalement, il fallait recourir à un passeur, qui nous aurait fait traverser sur son bateau. Sauf que le passeur, un certain Charon Stone, ne nous inspirait aucune confiance. Son bateau, le Titanictamère, sentait le vieux fuel et le vomi frais. Il se murmurait même que ce Charon Stone avait été témoin au mariage des faux époux Turenge (remember le rainbow warrior). C’est comme si Charles Pasqua lui avait rédigé un certificat de moralité en colombien.

        En plus, on savait que les grecs mettaient une pièce dans la bouche des morts pour payer le passage, et nous on n’avait pas un radis. Je proposais qu’on paie en langue de Seb. Il y eut débat. Et des baffes. Seb proposa qu’on rebrousse chemin, mais nos deux amis ukrainiens veillaient au grain et au bon déroulement de l’expédition et nous expliquèrent qu’il fallait pas les prendre à rebrousse poil et qu’il fallait aller de l’autre côté, en ukrainien. Et à coups de pompe dans le derrière. Ca sentait le roussi, comme quand on brûle une sorcière.



 

         Considérant nos hésitations, ils nous proposèrent de traverser à la nage, à coups de latte dans le cul. En apnée, forcément, pour éviter que Charon nous repère. Ô horreur, au départ, l’eau du Styx avait goût de pétrole. Puis, l’eau prit le doux parfum du chocolat le plus noir, et il nous fut bien difficile de ne pas couler, de ne pas ouvrir en grand la bouche, comme Emmanuelle quand elle fut bien surprise de recevoir le Hot d’or pour « Mon cul chez les nudistes ». De rejouer « Le grand bleu » en noir et blanc, version chocolat. Bref, on garda la bouche fermée, vu que les 2 ukrainiens nous avaient suivis au cas où on aurait changé d’avis et de direction et qu’ils nous avaient mis une main sur la bouche - enfin un de leurs gros doigts suffisait pour obturer nos deux lèvres. Il y en a un qui semblait s’appeler Suture et l’autre Compression. Quand tu prenais dans la gueule le poing de Suture, après,  le poing de Compression te faisait du bien. Seb, qui était doué pour les langues, me fit remarquer que ça sonnait pas trop ukrainien, comme patronyme.

 

Seb et moi, on se regarda en sortant de l’eau: les deux ukrainiens étaient là, juste derrière nous, comme deux ombres en couleur. Si c’était pour nous suivre jusqu’au bout de l’aventure, pourquoi qu’ils n’y allaient pas juste tous les 2 ? Puis, nous vîmes la porte des enfers, gardée par un chien à trois têtes : la mythologie l’appelait Cerbère et l’ami Ricoré l’appelait Martinobry. Pour le plaisir, apprenez le vrai nom du Cerbère : Léonard. Dans le plan des 2 ukrainiens, on servait peut-être de croquettes pour le chien tri-tête, en fait. Le cerbère avait 3 têtes, on était 4, le calcul était vite fait. Vu le physique des deux ukrainiens, j’avais pas une tête de vainqueur, vu que j’avais une tête de moins qu’eux. Les ukrainiens ne craignaient rien. C’est là qu’on s’est concerté, avec Seb. Et dans « concerté », il y a « certé ».

 

« - Seb, on va se faire bouffer par les 3 têtes du cerbère si on s’organise pas.

- Et alors ? Quand on s’organise, c’est encore pire, d’habitude.

- Bon, je n’ai pas bien compris si on est mort ou pas, mais ce qui est sûr c’est que se faire croquer par le chien à 3 têtes, ça m’embête. Ca doit faire vachement mal.

- J’ai un plan !

- D’où ?

- Du métro de Paris !

- Super ! Et on en fait quoi ?

- Ne t’inquiète pas !

- Je m’inquiète pas, je m’affole ! »

 

   Seb s’avança vers la bête à 3 têtes, qui était laide et repoussante comme la direction du parti socialiste. Il brandit son plan de Paris et interpella le chien, mais sans les menottes :

« - Excusez moi, j’aimerais aller à l’Opéra, mais sans passer par les champs élyséens, il faut que je change où ?

-  Ben, il a qu’à prendre la 14, et puis.. » répondit la 1ère tête, en s’emparant du plan.

« - Moi, j’aurais pas fait ça. S’il prend la 8 et qu’il change à République… » coupa la 2ème tête, en désignant un point de la carte.

« - Non non non, le mieux c’est qu’il prenne un bus, il y a le 245 qui passe à l’Opéra en partant de la station Lebigre » proposa la 3ème voix.

« - Le bus !? N’importe quoi !  »

Les 3 gueules du Cerbère se prenaient la tête. Seb prit la tête de la fine équipe et nos 4 aventuriers en profitèrent pour passer en douceur.

 

                 
          
               
Les deux colosses nous regardaient d’un autre œil. On était passé. Les coups de pied au cul s’espacèrent, d’autant plus que la température grimpait. Seb se sentait mou, je me sentais flasque, Suture et Compression avaient l’air vaporeux. C’est à ce moment là qu’on a croisé un petit gars qui chantonnait.

« - Salut !

- Salut !

- Fait chaud, hein ?

- Oh oui alors ! Je chante pour émouvoir les divinités infernales !

- Ah oui ? » répondit Seb. « Si Prof chantait, à mon avis, ça leur taperait sur le système !

- Moi, ça va, parce que je suis choriste de Rougy Vacances, alors pas de souci !

- Et qu’est-ce que tu fous là ?

- Ma bourgeoise était à la ferme célébrité, en Afrique. Elle s’est faite piquer par un serpent et elle a passé l’arme à gauche. Là, je viens la rechercher parce qu’elle a gardé les clés de la caisse dans sa poche.

- Elle s’appellerait pas Eurydice, ta meuf ?

- Si, Eurydice Paru, pour être précis, on n’était pas marié.

- Et tu t’appelles ?

- Orphée Divers, pour vous servir. 

- J’ai entendu parler de vous !

- Ouais, Rougy Vacances est un service en porcelaine et nous on est ses petites cuillères…

- Non, mais votre histoire, avec votre femme morte que vous allez chercher en enfer, j’ai vu ça au collège en latin. Mais je recopiais les versions de Bobby, alors je me rappelle plus trop… » Seb était aux fraises, il avait fait Tchouvache deuxième langue, et notre conversation faisaient suer les ukrainiens. Ou alors c’était la chaleur. Orphée reprit :

« - Je sais juste que je dois chanter pour plaire aux dieux et que je dois pas me retourner pour la regarder avant d’être sorti de l’Enfer. Elle doit marcher derrière moi, et puis au trot !

- On va t’aider, » dis-je en filant un coup de coude à Seb, qui était perdu comme un électeur centriste. « On va t’aider, mon pote ! »

 

        
                 
On a conduit Orphée jusqu’à un HLM crasseux. C’était l’enfer. Je laissai Seb expliquer à Orphée qu’il ne fallait pas qu’il regarde son Eurydice avant d’avoir retraversé le Styx et je montai les escaliers comme un kenyan. Je sonnai chez Dominique de Villepin. Il avait atterri là alors qu’il n’avait rien à foutre en enfer, mais Sarko avait des relations haut placées, deux mètres au dessus de ses talonnettes.

« - Dominique, on se connaît pas, mais on te veut du bien. Ca te dirait de faire ton grand come-back dans le monde des vivants ??? En Normandie, même, si tu veux, parce qu’est ce qu’il fait chaud chez toi… »

 

L’œil de Villepin brilla. Il mit une paire de gants et puis sa main gantée dans la main d’Orphée. Il allait prendre la place d’Eurydice pour rentrer sur Terre et puis espérait bien prendre, dans la foulée, la place de Nabot 1er à l’Elysée.  Roule ma poule vers les vivants !  

 

 

 

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Commenter cet article

Miteny 31/03/2010 14:25


QUelle histoire! Quel suspens! (tiens les coms remarchent??) Je trouve ce seb particulièrement attachant.


Grand guide suprème 29/03/2010 16:23


Homère, dans son tombeau, il a dit: "Oh merde !"

Tu auras noté que je ne ressuscite pas directement le Villepin, pour ne pas contrecarrer tes plans dont je prends soin comme s'ils étaient des plantations et toi Nicolas le jardinier. Je le mets
sur le chemin de la résurrection, et tu es le douanier à la frontière.


bobby 29/03/2010 12:53


çà booste plus que l'eneide !
j'irais même jusqu'à dire qu'on pourrait se ranger dans la lignée des continuateurs d'homère ,en toute modestie ...