Clearstream in the nose.

Publié le par grand guide suprème


 

 

                Sherpa était le cerveau de notre groupe. On l’appelait « le guide vert », vu qu’il était écolo, alors que moi, on m’appelait « the couscous clan » à cause de mes origines, mi sudistes mi berbères. On l’aurait suivi n’importe où, les yeux fermés, même si on se serait sûrement cogné dans des trucs et que, à mon avis, on aurait été plus vite les yeux ouverts.

 

                Sherpa était le cerveau de notre groupe, mais sa mémoire fuyait comme ma Fiat perdait de l’huile, à gros bouillons. Il vivait désormais dans une cahute isolée, sans chauffage ni électricité,  et subsistait en mangeant les légumes de son jardin qu’il labourait en attelant son chien à une fourchette. Il n’avait plus l’eau courante, il allait la puiser au fond de la vallée, à pied, style il avait l’eau marchante. Ca m’ennuyait d’aller le chercher, surtout que je n’étais même pas sûr qu’il se rappelle qui étaient Sacco et Vanzetti, ni même qu’il me reconnaisse.

 

                      Je ne voulais pas critiquer Bobby, que l’on surnommait « le loup des steppes »  depuis qu'il était fan de fitness. Mais là, quand même, il était parti se balader avec les 2 cocos qui avaient plein de trucs à lui raconter sur Trotski et Pif Gadgets, il avait renvoyé Seb traire ses poules et moi je devais me taper le petit chemin de rando plein d’épines et de ronces jusqu’à chez Sherpa qui allait m’accueillir avec le fusil et Alzheimer !

 

                   Je pestais noir intérieurement. Dans la rue qui menait au carrefour des 6 chemins, la statue d’un ancien président de la république me fit de l’œil. Ca faisait des années qu’on avait stoppé la coke, depuis le jour où Seb le Mak avait fait une overdose de farine de sarrasin un soir de chandeleur. Mais là, ça ressemblait à une hallu. Jacques Chirac, sur son piédestal maculé du rouge des betteraves qui poussaient par là, les bras en croix, me faisait signe de l’œil, on aurait dit un sémaphore avec une cravate. Je repensais à tout ce que j’avais repéré sur la photo de Seb Le Mak : la tête de veau, le texte écrit avec de la compote « Mon meurtrier, c’est Jacques C. »  Au moment où je mettais la main dans ma poche pour lui coller une balle dans l’œil, l’ex me dit « Cool, petit. Va pas faire une bêtise, genre me dissoudre pour toujours… »

 

                    Il ne bougeait pas, on aurait dit un arbre fait de ce bois dont on fait le papier pour rédiger des mandats d’arrêt. Mais ses feuilles tremblaient et ses racines chaussaient du 43. «Je sais que tu sais ce qu’on sait tous les deux pour Dominique. Les indices, la compote, la tête de veau… ». Je ne le laissai pas finir. « Alors, on descend les vieux amis à la hache comme on descendrait les poubelles qui sentent un peu fort un soir de pleine lune ? » Il me regarda bien dans les yeux, comme Thierry Henry fixe Al Pacino dans « Penalty en grande surface », un road movie sur la critique de la surconsommation financé par Nike.

«- Prof. Je sais tout, pour la cellule Jaurès. Je vais te montrer un truc. Je vais descendre de mon socle, et je vais me tourner et je vais ôter ma chemise."

Merde, pensé-je intérieurement. C’était pas le moment de me livrer à la fornication, même avec un ancien président de la république.

Le Chi descendit et se déshabillit. Dans son dos, il y avait un piolet planté.

« - Je suis la tentative de clonage de Trotski,  mon petit pote.  Ton ami Bobby est en danger, il est parti avec deux staliniens qui l’ont embrouillé avec des fumigènes post marxistes. Il risque de se faire retourner comme un crêpe et de se retrouver dans une mine d’uranium à arracher la radioactivité avec les dents, les mains ligotées dans le dos. Ou pire. Le meurtre de De Villepin, c’est pas moi, c’est une mise en scène du Nain, on essaie de me faire porter le chapeau alors que j’ai déjà mon bonnet. »

 

                     Merde, me dis-je  sobrement. Pauvre Bobby. Lui qui déteste les légumes, pas sûr qu’il goûte l’uranium pur. Ca commençait à faire beaucoup. J’avais un ex-président sur les bras, qui avait un piolet dans le dos qui recommençait à saigner, et il fallait sauver la république et faire tomber Sarko et rafler 500 000 dollars et retrouver le meurtrier de De Villepin et empêcher Bobby de devenir un zombi stalinien et résoudre le problème du vortex spatio-temporel et tout ça. J’espérais que Sherpa serait de bon poil.

 



 

Publié dans pollutions nocturnes

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ggs 08/02/2010 16:10


Naomi, vas-y, tu prends ton rouge à lèvres et tu nous écris la suite sur la façade du frigo !


naomi 08/02/2010 13:03


On a hâte de connaître la suite !!