Elle boit pas, elle drague pas, mais qu’est ce qu’elle clearstream...

Publié le par grand guide suprème



               Je marchais, Seb marchait, Georges Marchait (Georges, c’était le lapin). Nous marchions, telles des saucisses parties à la chasse au tigre.  Nous allions vers Haïti, vers le Vortex, vers l’inconnu, dans un  putain de noir complet qui évoquait une charlotte au chocolat vue de l’intérieur ou Robert Mugabe en deuil. Trois joueurs du PSG passant la ligne médiane, entraînés par Stevie Wonder.  On n’y voyait pas à 5 cm, on se serait cru dans le programme du Parti Socialiste.

 

« - Tu crois vraiment qu’en marchant une heure, dans cette purée de poix pourris, on va arriver à Haïti ? » râla Seb.

« - J’ai confiance en Sergio. Une fois, je l’ai vu réparer un Airbus en vol avec de la colle à rustines et des plumes de mouettes. Et encore, les plumes, c’était pour faire joli.

- J’aime pas pas savoir où on va, on se croirait dans la tête de Domenech. On pourrait être des globules rouges dans une artère en route pour l’hémorragie fatale, ce serait pareil. Ou alors on est devenus aveugles.

- Impossible. Si on avait été sur le point de devenir aveugle, Bobby nous aurait envoyé un chien, pas un lapin. »

 

Puis, tout à coup, dans le lointain, tout au bout d’on-ne-savait-pas-quoi, une lumière. Une petite lumière tout là-bas. « Fiat lux » ai-je soufflé. « Fiat seicento lux », a corrigé Seb, comme la lumière n’était pas bien grosse. Seb s’agenouilla, murmura, semblant s’adresser à la lumière : « Mon Dieu ! ». Puis, dans un cri, toujours vers la lumière, il appela : « Papa ! ». Ca déconnait sec, mais je me suis dit, comme ça, que si le père de Seb était une lumière, ça expliquait un peu pourquoi il était illuminé, le Seb.

 

          Seb courait devant nous et plus il approchait de la lumière, plus il avait l’impression de voir au loin une silhouette. QUI VENAIT A LUI. Il stoppa brusquement sa course, comme quand une feuille de salade se coince dans la roue du caddy dans les allées d’Auchan-en-emporte-le-vent.  Là-bas, c’était impossible, et pourtant... Ses yeux s’embuèrent de larmes comme quand il coupait des oignons alors qu’il n’aimait pas ça, les oignons. Georges et moi arrivâmes près de lui, qui avait enfoui sa tête dans ses mains et ses mains entre ses genoux, hoquetant comme une autruche désorientée qui aurait avalé une taupe.  

 

« - Là-bas…c’est Dieu. Et bien… Dieu…. C’est moi. Regardez, là-bas, c’est moi !!! Je suis Dieu. »  Il agrippait ma chemise comme la grippe agrippait les espagnols. Ca y est, il perdait les pédales comme Bobby quand il avait appris à faire du vélo, 5 ans plus tôt. C’était vrai, sauf que là-bas, dans le halo de lumière, c’était nous. Enfin, il y avait nous 3.

«- Seb, là-bas, ils sont… enfin, c’est nous, quoi. » D’une voix hachée menue par l’émotion, Seb regarda là-bas, se tourna vers moi et dit : « Prof… Tu es mon fils. 

- Et Georges, c’est le Saint Esprit ? » répliquai-je. « Seb, t’as les neurones qui déconnent, les méninges qui déménagent. Là-bas, c’est notre reflet, basta. C’est tout, il n’y a pas de dieu, mon petit pote. C’est nous, dans un genre de miroir un peu convexe qui donne l’impression que tu fais 1,20m et 85 kilos. C’est la fin, la fin du chemin. On est allé au bout de nous-même,  comme si on avait fait de l’auto-spéléologie et qu’on était arrivé au bout de nos chaussettes. On va juste crever là, relax. » Je le secouai comme si j’espérais que ses pensées tordues allaient tomber de sa tête comme des noix pourries tomberaient  d’un noyer. Mais elles savaient nager, les salopes.

 

          Puis un bruit énorme nous ébranla : « Sherpa, viens prendre l’apéro, tu finiras de souder tes tuyaux tout à l’heure ! ». C’était la voix de Serginette, la femme de Sherpa ! Notre reflet disparut brutalement, comme la mer se retire avant le tsunami. Il ne restait plus qu’un cercle de lumière, là-bas.  On s’est mis à courir comme des dingues. Sans rien comprendre, juste avec le cœur qui fait « tchac tchac tchac » et le cerveau qui fait « On est où ? On est où ? On est où ? ». Et les pieds qui font « Badaboum badaboum badaboum ». Et la bouche qui fait « Pfou… pfou … pfou… ». Et les oreilles qui font « Floc floc floc » dans le vent. Tout droit devant nous. Le cercle de lumière grandissait à vue d’œil.

 

          Puis, aveuglés par la clarté, nous avons basculé.

 

Nous sommes tombés du long chemin où nous avions cheminé comme des bûches qu’on brûle quand elles ne donnent plus de fleurs, un peu. Nous avons atterri dans une sorte de gigantesque puit blanc, et notre chute a été amortie par des genres de saucisses grandes comme nous, toutes roses, comme dans « Emmanuelle et la partouse ». Dans chacune, un arbre tout droit tout pointu sans feuille était planté. Puis des sortes de saucisses géantes se sont dirigées vers nous. Articulées, celles-là. Une  voix terrible a résonné : « Ah, j’avais grand faim ! » C’était la voix de Sherpa, en gros. En énorme. Comme si chacune de ses cordes vocales servait à amarrer un ferry.

 

Cet énorme truc rose m’a saisi et j’ai vu s’approcher une bouche grande comme une piscine olympique, avec une langue de la taille d’une baleine bleue, mais rose. J’avais même pas le temps de ne pas en croire mes yeux. En voyant les dents briller comme des guillotines, j’ai filé un grand coup de pied dans l’incisive que Sherpa s’était pétée, il y a 15 ans, dans une piscine où la connerie était devenue sport olympique. Ca m’embêtait de frapper Sherpa, mais là y avait pas le choix. Il a poussé un cri, je suis tombé dans une piscine de mayonnaise et j’ai nagé dans la mayo, afin de tracer les lettres S.O.S.  J’aurais pu écrire « On croyait aller à Haïti mais en fait on était dans un des tes tuyaux et alors Seb s’est pris pour Dieu et il y a un lapin dans les saucisses apéro et pourrais tu appeler Sergio parce que j’aimerais bien ne plus mesurer 4 cm ? », mais ça pressait rudement. Le plus dur, c’était de faire du sous l’eau sous la mayo, pour bien séparer le S du O. Ma dernière pensée consciente, ça a été « Putain, comment on va annoncer au chef qu'y a un lapin qu'a chié dans ses tuyaux ?". 

 

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Naomi 22/02/2010 22:46


parfois on ne peut pas écrire tout un com parce que ça marche pas bien !!


ggs 22/02/2010 22:39


les nains qui laissent des commentaires sur la couleur de la police donnent envie d'écrire en noir sur noir.


Miteny 22/02/2010 11:43


C'est dommage, noir sur noir, c'était original. En tout cas, c'est mieux que m