épisode 3 : l'appétit vient en Bourgogne.

Publié le par grand guide suprème

 

Épisode 3 : l'appétit vient en Bourgogne.

 


 

« - Et si un jour j'ai envie d'arrêter ?

- De gagner 200 000 par semaine ?

- Oui, non, enfin bon, on fait comment dans ce cas là : je réfléchis, je vous rappelle sous 8 jours ?

- Vous plaisantez, monsieur Élan ?

- Non, enfin oui ! Pas de souci, vous aurez votre scénar hebdomadaire.

- Il y a beaucoup d'argent en jeu, monsieur Élan.

- Tout est parfaitement clair, pas de problème, chef ! Je m'y mets tout de suite.

- Des surprises, mais pas trop, comme dans « Manu va chez le coiffeur » ; du suspense, mais pas que, comme dans « Poupougne drague » ; et beaucoup d'action, comme dans « Loulou coule sa dalle ».

- Vous avez l'air d'en savoir long sur mes fréquentations...

- Vous imaginez que je distribue 200 000 par semaine comme ça, à un inconnu ? Je ne suis pas président du PSG, et vous n'êtes pas le 4ème gardien du club. Bonne continuation à vous, monsieur Élan. »

 

 

 

         Je raccrochai le téléphone comme Zizou avait raccroché les crampons, avec un léger sentiment d'inachevé et un peu d'angoisse et plein de pognon en perspective, mais avec des cheveux. Ce pognon, tombé du ciel comme un albatros mort, puait un peu. Pas pour des raisons morales, mais pour des raisons pratiques. Lire « L'équipe », tous les jours, ça allait être pénible. C'est comme lire « Les échos », sauf que l'encre sent la sueur. Et c'est écrit avec les pieds. Sales.

 

 

        J'allais voir le Manu, le gars de la ferme d'à côté. Un sage, un paysan qui avait vécu à Paris avant de se réincarner en fermier. C'était un gars qui avait les pieds sur terre, dans 5 cm de boue. Un homme qui avait le conseil aussi sûr que la main quand il fallait abattre un chêne de 500 ans.

« - Eh le Manu, qu'est ce que tu en penserais si on te filait du pognon pour pas faire grand chose ?

- Combien, de pognon ?

- Plein.

- Plein genre les commissions de ELF?

- Plein. Genre avec, ELF, il peut aller faire ses commissions chez Fauchon.

- Ben je dirais que ça pue la malhonnêteté !

- Oui, bien sûr, forcément, mais ensuite ?

- En liquide ?

- Oui.

- Alors là ça pue pire. Ça sent la mort violente, comme dans les arènes. Le pognon, c'est le petit chiffon rouge qu'on agite devant les yeux de la bête. Que le taureau il a rarement l’occase de s'en servir de mouchoir, après. Toi, tu fais quoi, le taureau ou le torero ?

- Je fais le con, pour le moment, et après je ferais peut-être bien le mort.

- Si tu veux mon avis, prends bien le temps de faire le con. C'est des gens que je connais qui veulent te décorer le plastron à coups de carabine ?

- Non, je pense pas. Tu as joué longtemps chez les verts ? »

 


      Le Manu posa sa bêche, ce qui signifiait en langage rural que l'heure était grave.

« -C'est pas que de la bonne terre que tu remues là, petit. C'est d'la terre où qui pousse rien. C'est poussière de souvenir et fientes de poules pourries. » Il cracha par terre et se passa la manche sur les lèvres. Il prit une clope. Ses yeux dansaient une sorte de chanson triste. « Si c'est pour me faire penser à mon passé que tu te pointes, va chier.

- Non, Manu, je disais ça juste parce que ce soir il y a match à la télé et je me demandais si tu voulais pas le voir avec moi. On boira du Pulco !

- Pour faire passer le goût de ce passé, faut du qui pique, du violent. Il te reste du Cacolac ? Et de l'alcool de poire qui fait des angles droits dans la tête ? On va se faire un grog. Un gros. »

 

 


 

Publié dans la ligue 1 terdite

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