La retour du Clearstream à deux têtes.

Publié le par grand guide suprème

      

                              

                Les gens qui passèrent à ce moment là devant la statue de Jeanne d’Arc eurent la surprise de voir  Seb en train de lui rouler des pelles.

                 Hissé sur la pointe des pieds, Seb bécotait la statue, une main posée sur sa fesse de bronze, ferme comme là où avait grandi Mamie Jacqueline avec son papa paysan. Seb avait entendu Mamie Jacqueline lui causer par les lèvres de Jeanne. Puis la statue s’était tue, le silence s’était répandu dans l’air comme une couche de confiture de néant sur la tartine du monde.  Il avait imploré Mamie Jacqueline, il avait même imploré toutes les larmes de son corps,  il avait baisé les pieds de la statue pour qu’elle lui indique le chemin pour regagner son présent, en enfer, enchaîné à un chêne, rudoyé par un ukrainien. Les voies du Seigneur étaient impénétrables, contrairement à Mamie Jacqueline. Mais là, la statue était redevenue muette comme une carpe corse morte.

               Jacqueline avait dit que Sergio devait l’aider. Mais comment retrouver le patron du bistrot « Au roi du béton », alors qu’à l’époque où Seb était revenu, vers 1991, ce bistrot n’existait pas, et qu’à la place se dressait l’ambassade du Brésil ? Il avait un temps imaginé Sergio en ambassadeur auriverde, mais son accent cauchois prononcé rendait cette hypothèse improbable, comme l’interprétation d’Emmanuelle dans « Emmanuelle Kant, philosofille facile ».

 

 

                      Seb alla et grand. Il se rendit, alors qu’il n’était cerné que par la peur, vers l’ambassade. S’il trouvait Sergio, ça s’appellerait « Embrassades à l’ambassade ». Sinon, « Embarras à l’ambassade ». La version anglaise, ce serait « Sad lambada ». Une petite fille s’approcha alors de Seb et lui parla d’une voix très grave, qu’on aurait dit qu’elle venait de très très loin. Une voix qui aurait beaucoup fumé, même les cheveux du cow-boy de Malboro, même la crinière de son cheval.

« - Seb ? » demanda-t-elle.

« - Euh.. Oui. » Elle doit muer, pensa-t-il. Son regard était étrangement fixe, et ses lèvres et ses paroles ne dansaient pas la même salsa.

« - Seb le mak ? 

- Ben oui. » Elle doit avoir un chat dans la gorge et aussi une angine, c’était pas possible autrement.

- Tu viens du futur et t’es coincé là comme une pâquerette sur la bande d’arrêt d’urgence d’une autoroute ? » Même si elle avait avalé tous les Aristochats, c’était pas possible qu’une gamine cause comme ça.

« - Euh, dis moi, petite, tu serais pas habitée par le diable ou Arno ?

- Non non, Seb, t’inquiète pas, .. C’est Georges qui te parle. » Tout s’explique, se dit Seb, qui n’avait jamais vu de transsexuel de 7 ans  et qui la/le regardait désormais avec intérêt et des yeux qui brillaient. « Je suis un … un ami de Jacqueline. Je vais t’aider ! »

- Oh ben ça tombe bien, les amis de Georges sont mes copines !

- Là, je te parle par la bouche de cette petite fille, mais en fait je suis dans le futur et j’ai pour mission de t’y ramener, ok ?

- Moi, tant que j’ai pas à me lever à 8h00 et à aller bosser, tout me va, surtout si c’est pas fatigant et qu’il y a moyen de trafiquer des êtres humains !

- Super : voilà ce que tu dois faire :… ».

Georges avait bien tout relu « Le grand manuel des incidents spatiotemporels : situations, solutions et saucissons. » et il avait trouvé une façon de se débarrasser de Seb. Qui tomba dans le panneau comme une cacahouète dans le gosier de Sherpa. C’était pas le loup qui se pointe dans la bergerie, c’était le pot de miel qui allait se ranger tout seul sur l’étagère de l’ours.

 

                  

                    La petite salle n’avait qu’une porte, par laquelle Seb entra, comme on entre dans un moulin qui n’a qu’une porte. Porte qui se referma brusquement dans son dos qui frissonna dans un claquement qui évoquait le chant de la guillotine fendant l’air. Assis face à un micro, sur une vieille chaise fatiguée, un vieil homme s’avachissait. La pièce était petite, sans fenêtre, genre le bureau consacré à l’écologie au siège du PS. Les murs recouverts de pendules, et la table couverte de montres. Le vieil homme murmura dans le micro: « Au 3ème shglong, il sera précisément 17h42. » Puis il frappa un gong avec le bout pointu d’une flèche, 3 fois. Seb reconnut la flèche du temps, avec laquelle on se repère : là où il y a les plumes, c’est le passé, là où il y a le bout qui pique c’est le futur, et puis le bout de bois c’est le présent.  Il reprit : « Il est 17h42. » Il leva les yeux sur Seb.  De face, le vieil homme ressemblait à Julien Dray.

« - Assieds toi, petit. Il est 17h42 et 20 secondes. »

Seb se dit qu’il devait être en retard, pour que le vieux lui rappelle l’heure comme ça. Il allait s’excuser quand le vieux expliqua : 

« - Je suis l’horloge parlante. Dans 3 shglongs, il sera 17h42 et 40 secondes. Je suis esclave de Georges, le  lapin maître du temps. Shglong shglong shglong. 17h42 et 40 secondes. Je ne peux pas arrêter le cours du temps, sinon gross malheur.

- Oui, je comprends », mentit Seb.

« - Heureusement que tu es arrivé, j’en avais plein le dos. Ton texte est là, prends ma place. » dit-il en montrant les montres et les pendules. Puis il leva au dessus de sa tête la flèche avec laquelle il sonnait les shglong et se la planta dans le cœur, ou pas loin. Seb paniqua un peu.

        

 

               Il fit un peu de bouche à bouche au mort, au cas où. Quelques pensées nécrophiles lui traversèrent l’esprit, qu’il avait mal tourné. Puis il se tourna vers le micro : « Oh ! Les gars ! C’est Seb ! Je suis tombé dans un traquenard ! Bobby ! Déborah ! Mamie Jacqueline ! Sherpa ! Prof !!! Béré ! Help ! » Puis il s’évanouit, alors que c’était pas du tout le moment.

 Alors se produisit A-001. B-52 s’était produit quand Seb avait été renvoyé dans le passé suite à une fausse queue spatio-temporelle. Là, c’était A-001. Le triple nœud dans le lacet de la chaussure du temps qui passe. Plus personne n’égrenait les secondes, le vol du temps était suspendu, genre pas le droit de survoler l’espace aérien à cause d’un gros nuage islandais. Le passé et le présent furent soudainement réunis. Les morts ressuscitèrent. Le Styx se vida dans un gros glouglou et les enfers et le paradis et le purgatoire et la Terre ne firent plus qu’un. Qu’un gros bordel. 

 

 

 

 

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Grand guide suprème 03/05/2010 14:10


Bobby, si t'as rien, si t'es vidé comme un bordelais, si t'es à sec comme une ruisseau toulousain, j'ai un article sous le coude à publier ce soir. Qui ne fera pas trop avancer le truc, qui le fera
plutôt reculer en un flash back éblouissant. Avec des vrais bouts de Florian Radius dedans.
Histoire de calmer les fans impatients, et les patients aussi.


Grand guide suprème 19/04/2010 14:26


Bobby, c'est free. Soit tu décides que non, et alors Georges ouvre son grand livre à la bonne page et tout le monde retourne à sa place, là où qu'il faut, bien rangés. Soit Georges tatonne un peu,
genre Domenech, et là il peut y avoir un pote de Seb qui le rejoigne dans le passé, ou les 2 sebs dans le passé, ou autre chose. Soit il n'y a plus de temps, mais c'est pas simple.
Soit on passe à une autre dimension et tu apparais comme personnage réel et tu viens m'estourbir pendant mon sommeil pour m'apprendre à mettre le bazar dans l'histoire. C'est 1 piste, comme dit
Domenech quand on lui cause de la naturalisation de Messi.