On dine chez Clerstream.

Publié le par grand guide suprème dit Prof

 

On dine chez Clerstream.

 

 

 

 

         Nathalie et Maddy marchaient d'un bon pas. De ce pas qui rapproche Calcutta de Romorantin. De ce pas vif qui donne l'impression d'être assis sur mille mille-pattes qui avancent à la queue leu leu sur des tapis roulants posés sur des plaques tectoniques en mouvement. Les deux filles cheminaient vers chez Sherpa dans la nuit comme deux petites flammes rouges se dandinent dans l'âtre quand le feu s'éteint et passe au vert. Nathalie pensait à ce que Maddy lui avait dit, et Maddy pensait à ce qu'elle n'avait pas dit. Dans la campagne, ça sentait bon la pelouse tondue.

 

Nathalie demanda à la petite:

«- Sinon, ça a beaucoup changé, la Terre, dans le futur ?

- Ben oui,quand même ! Par exemple, Prof est mort.

- Oui, et bien tu lui dis rien ! On a une enquête à mener, plein de gens super importants à sauver, une élection à remporter, faut éviter une dictature verte, y a Bobby qui pète les plombs qu'étaient branchés sur l'éolienne, si en plus on s'emmerde avec les petits problèmes perso des uns et des autres, on n'est pas rendu !

- Moi je dis ça juste parce que c'est moi qui l'ai buté...

- Tu veux une prime ?

- Non non non.... sinon, du futur de là où c'est que je viens,....

- Y a plus de syntaxe ?

- Si si. T'as déjà vu des ours ?

- Ben oui. Seb au réveil, on le compte comme ours, à WWF.

- Ben dans mon futur de quand je suis au présent, y a plein d'ours. Y en a même dans les bois autour de la maison.

- Genre là où on est tout de suite ?

- Oui, mais dans le futur, hein..

- Ils viennent de Slovénie, les ours ?

- Non, c'est des sauvages. Dans le futur, on a appris à respecter la nature et là où vous aviez planté des chasseurs, on a planté des espèces menacées.

- On serait des gros cons et vous auriez toujours raison, non ?

- Non, c'est pas ça.... C'est juste que quand même; la plage du Tilleul, c'est plus joli avec des tortues.

- Y A DES TORTUES AU TILLEUL ? Ben merde alors !

- Le truc, c'est qu'ils mesurent environ 1,50m.

- Les tortues ?

- Ben tout. Les tortues, les ours, les girafes....

- Sérieux ?

- Oui, ça s'est fait très vite. Il y avait de moins en moins d'animaux, à part les rats et les sauterelles, et puis vers 2012, ça s'est mis à pulluler. Mais à pulluler petit.

- Remarque, ça prend moins de place, comme ça, la nature.

- Il paraitrait que (c'est Sherpa qui en a causé un soir où il avait abusé du Mamie Jacqueline 12 ans d'âge) que Seb le Mak serait dans le coup. Il aurait forniqué avec toute la création.....

- J'ai rêvé, ou l'arbre a tremblé ? Peut-être que ce que tu racontes lui a fait peur à lui aussi, ….

- Ah oui, l'ancêtre, t'as pas tort, ça grommelle par là bas.

- Oui bah moi j'aime pas quand ça grommelle. J'aime mieux quand ça grommelle pas. Allez, on se magne le cul d'aller chez Sherpa !

- Avec quoi que tu veux l'allécher, Sherpa ? En plus que je suis sa fille et qu'il nous écoutera attentivement.

- Putain, là, un ours !

- Oui, bon, il est tout petit, va pas paniquer, mamie !

- Tu m'appelles mamie encore une fois, je te décolle la tête, poulette !

- Eh, tu causes pas comme ça à la petite ! » dit l'ours, qui n'était pas très grand, mais causant.

 

 

 

           Chez Sherpa, souviens toi, lecteur, on y était il y a à peine 245 épisodes, Chirac trouvait le temps long. Il avait l'impression qu'on ne faisait pas plus attention à lui que s'il avait été une vieille chaussette un jour où la machine à laver est en panne et tout le monde en tongs. On lui avait confié la gosse, Maddy. Il avait essayé de lui apprendre à truquer des comptes de campagne mais le genre de campagne qui semblait l'intéresser, c'était celle qui était dehors, et qui puait la gadoue et les genoux tout sales et le fumier, genre une sorte de salon de l'agriculture géant et en extérieur. Elle s'était fait la malle dans le jardin, il s'était frotté les mains. Comme si il s'essuyait les pognes de la terre que la gamine allait se coller dans les cheveux.

Serginette, la femme de Sherpa, qui était aussi la mère de Maddy, la digne fille de Sergio, celle qui savait jouer la 5ème symphonie de Beethoven à la scie sauteuse, la Modigliani de l'enduit, bossait dans un coin. Elle débitait un gros chêne avec le plat de la main, c'était assez spectaculaire, une sorte de karaté cauchois sur nature morte.

 

 

          Jacques Chirac, qui avait eu le bouton du feu nucléaire sous le doigt, s'empara de la télécommande de la téloche, de guerre lasse. Il appuya sur la 1 et tomba sur une émission bizarre, une sorte de télé-réalité très réalité. A l'écran, on voyait Raymondo Menech dans un avion, tout rouge, qui tenait en respect Sherpa et un autre type que l'ex président n'avait jamais vu. En bas de l'image qui dansait devant ses yeux comme Emmanuelle dans « Salsa salade de fruits, joli joli », il y avait trois propositions, pas forcément malhonnêtes.

« - Si vous voulez que Raymondo Menech bute ses otages, tapez 1. Si vous voulez qu'ils aillent jusqu'au bout de leur mission en Afrique du Sud, tapez sur des bambous. Si vous voulez que tout ce petit monde rentre sagement chez lui, tapez sur 3. N'oubliez pas que la télé fait la réalité et que la Matmut, elle assure. »

         

             Jacques tripota nerveusement la zapette comme si ça avait été une compagne en campagne. Il appuya très fort sur la touche 3. A l'antenne, l'animateur lui fit un clin d'oeil obséquieux sans même savoir ce que ça voulait dire, obséquieux. On lui apporta un fax qu'il lut en direct: « Oui et bien le résultat des votes vient de tomber, contrairement à l'avion de nos sympathiques candidats. Une majorité de suffrages s'est prononcé, l'avion rentre à la maison, Raymondo rentre à la raison. Rappelez vous que Manu ne s'est pas lavé les cheveux avec Pétrole-Ane et que Sherpa n'est pas habillé par Gucci. »

 

 

       Dans l'avion, beau joueur, tout le monde se serrait la main, enfin Raymondo serrait la main de Manu, qui serrait la main de Sherpa, qui serrait la main de Raymondo, qui serrait la main des 3 caméramen que depuis le début Sherpa se demandait ce qu'ils foutaient là, eux. L'avion fit un demi-tour au frein à main et prit la direction de chez Sherpa.

 

         L'ex-président se retourna vers l'esclave berrichonne qui préparait la bouffe et cria « Faut rajouter 2 ou 3 couverts ! ». Elle répliqua « Ah oui, ça s'est un peu couvert » pour être poli, vu qu'elle était moins sourde qu'un pot mais presque comme Manu quand même.

           Là, Nathalie, Maddy et l'ours entrèrent dans la maison comme on entre en religion quand on a les cheveux verts. « Comme on fait son lit, on se mouche dans les draps », dit l'adage.

         Serginette, qui était très ouverte comme personne tant qu'on la faisait pas chier à lui poser des questions sur la date de naissance des rois de France, fit signe à l'étrange trio de poser son cul dans le canap. Jacques Chirac s'en leva comme s'il était en fourrure de hérisson et demanda méchamment « Euh, l'ours, il peut pas rester dehors ? Ou alors il est là pour faire un numéro, genre danser sur un ballon tout en bouffant du miel bio ? Faites moi disparaître cette bête, là, je suis allergique aux plantigrades depuis que je connais Emmanuelli.

- Ça va être compliqué de me faire disparaître, papy. Je suis plus une espèce en voie d'extinction de voix. Je suis pas une bête assemblée nationale qu'on peut dissoudre d'un coup de génie, moi. »

Jacques Chirac se pinça pour y croire, vida une bière cul sec, trempa sa chemise de sueur froide et faillit s'étouffer en s'entendant dire à un ours: 

« - Non mais un peu de respect ! J'ai fait 83% en 2002, moi monsieur !

- Tu te rappelles ton discours crypto-écolo de Noisy le sec, en 2007 ? « Il faut redonner la parole à la nature », que tu disais. Ben, c'est fait, bonhomme. Y en a qui t'ont pris au mot. »

 

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