Que l’affaire Clearstream est belle.

Publié le par grand guide suprème

 

 

 

               Rougy Vacances sortit de son lit avec une gueule de bois digne de Pinocchio. En passant la main dans sa barbe, il se mit même une écharde dans le doigt. Il alluma la téloche d’un geste mou. Il se retrouva en face de lui-même en train de faire de la pub pour des lunettes. Chez les stars, la télé fait aussi miroir. Il avait la dalle. Sur la table du petit déj, y avait tout ce qu’il faut pour bien démarrer la journée : un bol de Tranxène, des tartines d’amphétamines, de la confiture de coke, du foie de cycliste et une perf de sang de yack. Chez Rougy Vacances, l’ami Ricoré portait une blouse blanche.

 Rougy était crevé, il était enroué, il avait dans la gorge un chat qu’aurait bouffé un tigre à dents de sabre. La discussion de la veille avec Dorothée lui était restée à travers de la gorge comme une tranche de saucisson surprise. Il se souvenait vaguement qu’elle était au courant de son hobby de tueur de stars en série. Et qu’il fallait qu’il aille chercher un lapin en enfer. Dans sa tête, c’était le boxon, style l’organisation de l’équipe de France de foot sur corner.

 

 

La télé faisait son vague bruit de lave-vaisselle asthmatique quand tout à coup Rougy entendit : « Jean Ferrat est mort ». Puis passa une version de « Potemkine » enregistré à Cuba, avec Maurice Thorez aux percussions et Robert U.R.S.S. à l’accordéon. Pareil à la radio, où passait «Que serais-je sans toi ? », qui avait été la bande originale d’un grand succès d’Emmanuelle, « Parle à mon cul, ma tête est malade.»  Sur les autres stations, entre deux pubs, des chansons gauchisantes qui appelaient le peuple à prendre les armes et un enfant par la main ! Rougy fredonna « Aimer à perdre la maison », une jolie balade pour les amoureux qui avaient alzheimer.

Ferrat qui meurt le jour des régionales ! Rougy se prit la tête à deux mains, parce que avec un coup comme ça les cocos allaient se mobiliser, le front de gauche redresser la tête et faire 25 %. Si son pote Sarko perdait les élections, Rougy pouvait faire une croix sur son grand projet d’emménager au Panthéon de son vivant. La coco, oui, les cocos, non ! Il se demanda si ça pouvait pas être lui qui aurait dézingué Jean Ferrat hier soir, dans le feu de l’action, après le concert et la causette avec Dorothée. Apparemment non, décida-t-il, honnête avec  lui même comme une feuille d’impôt de Florent-pris-la-main-dans-le-Pagny.

 

 

Il fallait faire quelque chose pour mobiliser la majorité. Il feuilleta son carnet d’adresses en quête d’une star -membre de l’UMP- à zigouiller. « Carlos, mourru, Salvador, mourru, …. Putain, y a plus de machabés dans ce carnet que dans « Emmanuelle, nécrophile facile », merde alors ! » Ces derniers temps, Rougy n’avait pas voulu perdre la main, ni la tête des ventes, alors il avait mis les bouchées doubles, si on peut dire, vu qu’il ne mangeait pas vraiment ses victimes. Surtout Carlos. « Bon, faut que j’aille refroidir Line Renaud ou Enrico Macias, alors...»  Une odeur de brûlé l’interrompit dans ses pensées, le grille pain peut-être.

Rougy se vautra devant la télé pour mieux réfléchir, dans une sorte d’oxymore. Réfléchir devant la télé, c’est comme boire une bière au fond de la mer. Devant ses yeux, une pub pour Duracell, avec le petit lapin qui court plus longtemps que les autres lapins parce qu’il a mangé les piles qui font du bien parce que le mercure c’est plein d’oligo-éléments. Puis Nesquick, qu’on en a une énorme envie à condition d’imaginer que les carottes c’est du chocolat et que le lapin c’est nous, faut quand même être complètement con, se dit Rougy. Ensuite une pub pour Playboy, qui aurait donné des pulsions zoophiles à Alain Dugrain-Dubourg, et enfin une bande annonce pour « Alice au pays des merveilles » (qu’Emmanuelle avait adapté dans « Raymond Domenech s’explique. »). Rougy sortit de sa torpeur comme le lapin de son terrier : ça faisait 4 lapins de suite qui passaient à l’écran comme des lettres à la poste, mais sans les grèves et avec les oreilles. C’était pas courant. C’était un signe. Ca rappela soudainement à Rougy que s’il ne voulait pas que Dorothée raconte toute son histoire et faire la une de « Voici » et « Détective magazine », il fallait qu’il se remue.

 


               Une solution se présenta à lui : le suicide. « Je meurs. Les radios et les télés passent mes tubes en boucle, le président se mouche dans la cravate du ministre de la culture en direct, sanglots, regrets éternels, on oublie Jean Ferrat, les électeurs votent UMP et j’arrive en enfer. Je récupère le lapin et puis je verrai bien comment faire pour repartir. » D’une pierre, deux coups.  « Avec un peu de bol, je reviens de l’enfer, on fait une tournée et un album dans la foulée, y a un fric fou à se faire ! Bon, le souci, c’est que je ne sais pas trop ce qui se passe une fois qu’on est mourru. Si j’arrive là-haut et que je ne me rappelle plus pourquoi je suis là, j’aurais l’air con comme une chanson de Michel Sardou ! Je vais me tatouer ma mission, comme dans Prison Break. »

Il réfléchit quelques instants et puis se dit : «  Je peux pas écrire juste « lapin » : si le lapin que je cherche sait lire, je serais vite repéré. Je peux mettre « rabbit » ? S’il est bilingue, je suis mal barré, comme le Manureva ! Je vais mettre « rat bite », ça me parait subtil, c’est codé comme une chanson de Bashung !  Il faut aussi que je mette à qui je dois rapporter le lapin, sinon ça sert à rien. Je peux pas mettre Dorothée, le lapin peut piger. Je pourrais traduire Dorothée en anglais : « Sleep at tea » ! Bon, je me tatoue tout ça vite fait sur le bras. Et puis je m’écris une petite lettre pour bien tout m’expliquer à mon retour :

« Cher moi-même, je t’écris ça au cas où que je te rappelle plus très bien qui on est quand je vais revenir de l’enfer. Je m’appelle Rougy Vacances et t’es une star. Je suis aussi tueur en série de stars de la chanson, mais anonyme. Je te fais de gros bisous, il y a du poulet dans le frigo, bien à toi,  signé Rougy »


            Il fallait qu’il meure proprement, pour son éventuel come-back, alors il ouvrit un bouquin de Cioran, et le suicide fut.

                                               

Commenter cet article