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Perdu tes clés??...

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Samedi 1 janvier 2011 6 01 /01 /Jan /2011 18:14


 

L’histoire de l’histoire, l’histoire dans l’histoire,

la vraie vie se fait des cheveux blancs,

part 1.

 

 

« - Putain, Bobby, qu’est ce que tu fabriques ? »

 

Bobby ne répondit rien. De toutes façons, il aurait dit quoi ? « Ben, je fabrique rien, c’est juste que je traîne depuis 3 mois pour écrire la suite du feuilleton et tu crois que j’ai que ça à faire alors que j’ai toute ma comptabilité à compter et que j’ai les chèvres à sortir et du fromage à pasteuriser et les gosses à éduquer et d’autres chats à fouetter. » Bobby fermit sa gueule, ce qui était le mieux qu’il avait à faire. Quand je me fâche tout rouge, vaut mieux que rien bouge.

« - Et les 600 000 dollars qu’on a touchés d’avance sur les droits d’exploitation du feuilleton, me dis pas que tu les as cramés comme un vulgaire tas de feuilles sèches un matin d’automne ? » que je lui demande alors que je sais très bien que oui, il a tout claqué. « Tu sais que c’est Gallimard qui a acquis les droits mais que derrière c’est des fonds ukrainiens ? Et que si on ne leur donne pas la fin de l’histoire, ils iront te la chercher dans le cortex avec une pince monseigneur ? » Bobby soupirit, et son soupir disait « Ahlala, pardon, c’est pas faute d’y penser, mais j’y arrive pas, c’est les chèvres qui bêlent moi ça me déconcentre complètement, j’ai plus la tête à rien ».

 

« - Moi je m’en fous, c’est ton corps atrocement mutilé qu’on découvrira un matin suspendu à un palan sur un quai de gare où il y a des palans, après tout. C’est juste que finir l’histoire ça m’aiderait à changer de voiture parce que là la Seicento elle en peut plus, puis moi non plus, je me vois bien en Clio GPL avec lecteur CD. » Bobby toussota, comme s’il avait la tuberculose, alors qu’il avait la rame, en vrai.

« - Bon, ben, si c’est comme ça, tu vas te sortir les doigts du cul et puis m’écrire la suite parce que sinon ça va barder merde à la fin ! » Bobby acquiesça intérieurement. C’est pas pour rien qu’on m’appelait Prof.

« - Je devrais déjà entendre cliqueter tes putains de doigts boudinés sur le clavier, bordel de salsifis ! ». Bobby consentit, sans un mot, déjà mort, de honte pour le moment sûrement.

« - Eh, je vais pas le dire par quatre chemins, moi ! Ca urge, alors tu passes la seconde et tu poses ta compta et tes fromages de chèvre et tu ouvres le PC et ton traitement de texte, autrement tu vas voir le traitement que je te réserve, moi ! » Bobby ne savait plus quoi dire pour sa défense, on aurait dit Roberto Carlos à sa grande époque quand il était tout le temps fourré dans la surface adverse au lieu de défendre son côté gauche qui avait parfois deux trous au côté droit.

 

« - Bon alors salut et à dans deux heures la joie de lire ta prose sur le grille pain, Bobby ! ».

J’allais raccrocher comme un footballeur de 57 ans quand une toute petite voix se fit entendre, loin loin loin dans le lointain là-bas. C’était Bobby qui retrouvait la parole et les mots qui vont avec.

 

«- Hum.. » marmonna-t-il. « On peut se voir tu sais où vers tu sais quelle heure pour causer de tu sais quoi ?

- C’est pas clair, ton truc, tu peux m’éclairer la lanterne qu’on y retrouve ses petits ?

 - Non » monosyllaba-t-il en raccrochant, me clouant le bec comme si j’avais été une vieille chouette et notre discussion une porte de grange appartenant à une sorcière vers 1225.

 

 

 

 

J’allais attendre Bobby à la boulangerie de Notre-Dame-Du-Bec-De-Lièvre. Je n’étais pas trop sûr du lieu de rendez vous et je sentais bien que son heure serait mon heure, à condition que j’attende. Une petite neige fraîche recouvrait les alentours, mon écharpe et ma cagoule, laissant peu de place à l’expression de mon doux sourire. Mon nez aurait assez vite la couleur de la carotte que les mômes attribuent au bonhomme de neige. Je me gelais bien comme il faut. Bobby faisait son Godot, et Beckett avait des raquettes.

 

Une petite lumière s’alluma à l’arrière de mon crâne. « Putain, à tous les coups il ne m’attend pas là, ce con ! » Je fis redémarrer péniblement la seicento à coups de pompes dans le réservoir et je zigzagais jusqu’à l’écurie de St-Valéry-en-couille. Avec Bobby, on avait tellement sillonné le monde qu’on aurait pu se retrouver à 25 000 endroits différents. L’écurie de St-Valéry-en-couille m’était revenue en mémoire dans un flash cracra. S’il était là, c’était pas pour des jolies raisons, ça puait les chaussettes du Mak.

 

Je dérapais mollement sur la neige  blanchâtre. Personne à l’horizon. Juste un point rouge, là-bas, vers les écuries. Merde. Bobby s’était remis à fumer et ses yeux étaient vaguement phosphorescents. Au lieu de m’ouvrir ses bras et de  se mettre à genoux pour s’excuser de pas avoir fini son article à temps, il fit la grimace. Avant même qu’il ait ouvert la bouche, il avait déjà dit « Putain on est dans la merde ».

« Ca craint. Le feuilleton, Clearstream tout ça. Il faut y aller. Il faut y envoyer quelqu’un. La machine est coincée. 

- Je te reçois pas bien, là, Bobby. Tu m’éclaires le bol de soupe ?

- La mort bleue est revenue. »

 

 

 

Par grand guide suprème dit Prof - Publié dans : Bientôt dans vos salles
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