vengeances

Publié le par prof

 

 

 

 

 

60/ Vengeances.

 

(Prof)

 

        Sherpa et toute sa petite troupe se pointèrent au bar de Sergio. Ils firent une certaine impression en arrivant, vu qu'ils étaient tout plein nombreux, sales comme un billet suisse de 10 dollars, et qu'ils traînaient derrière eux un cercueil. Dans leur sillage, y avait de la terre, le bruit des pelles qui raclent le sol et une odeur de soufre, le genre de cocktail qui aurait fait saliver Dickens et bander Zola. Au comptoir, Sergio fit la bise à tout ce beau monde, même aux animaux et à l'ancien président. Puis deux pictons aux yeux rouges ouïrent cet échange apparemment anodin mais subtilement codé :

«- Bière qui mousse n'amasse pas pouce.

- Faut pas laisser vieillir le Beaujolais nouveau.

- Mes meilleures bouteilles sont dans l'arrière salle, je vous suis, les kikis », dit Sergio qui avait parfaitement compris qu'il y avait urgence à pas couper les derniers cheveux de Sherpa en quatre. «  Qu'est ce que je peux faire pour vous, les amis ?

- Tu pourrais nous faire faire un petit tour de miroir magique à destination du Pandémonium, départ dans 2 minutes, vol direct, sans passer par la douane divine ?

- Sherpa, tu sais que je suis fidèle à la cause, toujours. Je pose pas de question sur comment vous savez que sur un cercueil vous pouvez aller là où vous avez dit que vous voulez aller faire je sais pas quoi. Mais y a des limites techniques que je peux pas faire semblant d'ignorer. Vous êtes trop nombreux pour aller au Pandémonium. Faut en coller dans le cercueil, sinon ça passera pas et vous allez tout me saloper la tuyauterie stellaire.

- Pas de souci. On fait ça. On va mettre les deux Maddy dans la boîte, et puis l'ours, et le Raymondo, et puis le président. Moi, Serginette, Manu, Nathalie, et Mamie Jacqueline, on monte en décapotable, sur le couvercle.

- Euh, les gosses dans la boîte, ça me dit moyen,» discuta Serginette. « J'ai pas envie qu'on la traumatise, les Maddys, dit Serginette en s'emberlificotant dans les pronoms personnels du fait de la double existence de sa fille.

- Ce qu'elle va voir dans la boîte risque d'être soft comparé à ce qu'on va voir dehors, poulette, coupa Mamie Jacqueline. Zou, en voiture !

- Je voudrais pas avoir l'air de fourrer mon pif dans vos petites affaires, mais le Mak, Bobby et Prof, ils sont pas du voyage ? C'est pas prudent, de sortir comme ça, à moité à poil. Le saumon congelé sort pas sans ses armoires normandes à glace.

- Oui bon bah on sait pas où ils sont, on les cherche, même. Ils doivent être à Haïti, à l'heure qu'il est, et ça capte pas bien, là-bas.

- Mais je les ai vus passer, les Marx Brothers du contre espionnage ! Ils ont pris le miroir, eux aussi ! Sauf Bobby, qui est resté. Ils sont partis avec un lapin et un autre type.

- Et pourquoi que Bobby il est pas parti avec ses camarades ? C'est pas les procédures, ça !!! se plaignit Nathalie.

- Il devait avoir une bonne raison de rester, dit Sherpa.

- C'est une pute », lâcha Sergio.

- Tu traites mon ami Bobby que j'ai depuis ma 1ère dalle de pute ?

- Non non, Sherpa, je dis juste que sa bonne raison de rester, c'est une pute. Quand il a quitté le rade, il a embarqué une fille à Seb. C'est tout ce que je dis.

- Bon, va pas ralentir le rythme de notre intrigue de tes dialogues putatifs. On lève le camp !

- C'est louche, quand même », marmonna Nathalie, qui sentait la paille du doute titiller son œil quand la poutre de l'aveuglement faisait loucher Sherpa.

 

 

          Quand ils débarquèrent au Pandémonium, la consigne leur fit de l’œil. Mamie Jacqueline prit la parole et la direction des opérations et le taureau de l'action par les cornes de la sagesse. « On laisse là-dedans tous ceux qui y sont. Les Maddy, pour les protéger et les autres pour pas qu'ils nous foutent des bâtons dans les roues. La grande Maddy veillera sur la petite. Pas d’objection ? »

         Ça lui faisait du bien, un peu d'action, à Jacqueline. Personne ne moufta. Ils larguèrent le cercueil dans un casier, juste à côté d'un casier portant cette étiquette jaunie « 101 propositions, FM ». Ça sentait le vieux et l'oubli et pas la rose. Ils partirent d'un pas vaillant vers leur destin, quand, tout à coup.

 

          C'était comme si la Joconde s'était faire revisiter la galerie par Pollock, ou alors la Venus de Milo compresser par César. Déborah sanglotait à gros bouillons de son unique œil valide et le cœur de Sherpa se serra. Il ne se rappelait plus exactement qui était cette personne mais il émanait d'elle quelque chose qui aurait rajouté 3 tomes à « Madame Bovary » si Flaubert avait su choisir ses personnages. Les sanglots longs de Déborah blessaient le cœur de Sherpa d'une langueur qui ne manquait pas d'être drôlement monotone.

 

             Sherpa analysa rapidement la situation : eux arrivaient vivants au royaume des morts et la demoiselle en pleurs avait dû trépasser récemment, si c'était pas du gâchis merde à la fin. Il se réjouit intérieurement d'être bien vivant, puis eut un doute et se demanda s'il n'avait pas oublié un événement crucial récent. Genre « est ce que j'ai fermé le gaz ? » Puis la jeune femme plongea ses yeux à elle - qui faisaient comme deux lacs scintillants un jour d'inondation, ses cils mimant le vol d'un tas d'hirondelles au-dessus des dits lacs, même celui qui était crevé - dans ses yeux à lui, qui se tortillèrent comme s'ils avaient été des vers de terre convoités par les hirondelles ci-dessus.


«- Bouhouhouh, pleurnicha-t-elle en nichant ses nichons dans les bras de Sherpa.

- Hum, inarticula Sherpa.

- Hum hum, fit Serginette.

- Je vous reconnais, s'exclama Déborah. Vous êtes Sherpa ! Alors, sniff, vous aussi, il vous a buté !!!? Vous et toute votre petite famille ? »

Sherpa balbutia un truc incompréhensible et Serginette enchaîna. « Qui ça, poussin ?

- Ben, ce salop de Bobby !!! Je le hais, je le déteste, je voudrais lui coudre les paupières avec ses intestins, je voudrais lui épiler les sourcils à la hache, je voudrais je voudrais...

- C'est Bobby qui vous a fait ça ? », ne put s'empêcher de demander Manu, qui écopa d'un coup de coude dans les côtes de la part de Nathalie. D'un regard, elle lui fit comprendre que Déborah ne savait pas qu'eux étaient vivants et de passage ici, et qu'il fallait laisser causer le témoin.

« - Je le hais, je le hais, je le hais », anaphora-t-elle avec insistance. « Pourquoi il vous a buté, vous ? Vous étiez quand même ses amis...

- Ben vous savez, avec les psychopathes, on a toujours du mal à faire la part des choses entre la méchanceté pure, la jalousie, la haine et la mauvaise humeur », expliqua Nathalie pour noyer le poisson, tandis que Sherpa et Manu faisaient le dos rond et les yeux pareil.

« - Ça ne sert peut-être plus à rien, mais je peux vous en apprendre de belles sur lui ! J'ai été dans sa tête. J'en sais plus sur lui que personne. Il jouait les athées purs et durs, les tatoués du rationalisme, mais... Vous saviez que c'est le fils de Dieu ? »

Déborah était franchement décédée et franchement décidée à se venger. Cette nouvelle fit l'effet d'une bombe dans le cul d'un éléphant dans un magasin de porcelaine. Sherpa tremblota un peu en reprenant la parole et son souffle.

« - Bon. Tu m'étonnes que ça n'avançait pas trop, notre affaire. C'est pas seulement parce que Prof et Mak sont deux couillons improductifs !!

- Tu penses que Bobby serait … un traître ? » imagina Mamie Jacqueline.

- J'ai pas dit ça », répliqua Sherpa, comme un écho de tremblement de terre. « C'est juste que c'est une question qui se pose, là. Le Bobby, c'est un homme de main, avec un grand couteau dedans. Alors forcément, c'est pas un ange. Mais il n'a jamais tué personne, enfin pas en dehors du service. Jamais il a tué un type sans le formulaire qui va bien, contresigné par mes soins.

- Alors, s'il a vraiment buté la demoiselle...., hésita Manu.

- Un homme de main qui se met à trembler, c'est la maladie de Parkinson du contre-espionnage ! Putain, comme si on avait besoin de ça ! » râla Sherpa.

- On pourrait aller chercher la Maddy du futur, elle peut sûrement nous éclairer la lanterne, non ? » hasarda Nathalie.

- Oui.. Bon, on va chercher Maddy 2. Toi, là, fit-il à Déborah, viens avec nous. On va venger l'honneur de Béré, récupérer des trucs secrets, comprendre ce que sont devenus le Mak, Prof, Villepin et Sarko. Et poser deux ou trois questions à cet enculé de Bobby.

- Douter de Bobby ? Mais c'est moche, ça ! Moi, si vous le mettez dans le camp des méchants, je suis prêt à faire une scission, à monter ma cellule parallèle de la section Jaurès ! cria Manu.

- Te fillonise pas comme ça, mon Manu !

- On reste groupé ! Et celui qui essaie de se dégrouper le cul, je lui pète ses dents ! » explosa Sherpa, qui commençait à avoir un peu faim.

 


 

 


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