Dominique de Grillepain revient.

Publié le par grand guide suprème

 

 

Dans le cerveau de Seb-mère, ça bouillait comme dans une théière anglaise vers 15h58. Il était sur le point de boire un coup et de manger un bout, tranquilou assis sur sa chaise longue comme un jour sans Coca-light, quand tout à coup Sergio s’était pointé. Il leur avait dit qu’ils devaient prendre le 1er avion pour l’Afrique du Sud. Seb-mère avait haussé les épaules et les sourcils, et Sergio le ton.

Seb voulait juste prendre l’air et un Coca-light avec des frites et une choucroute et des profiteroles. C’est alors que sa chaise était entrée en éruption comme d’autres entrent en religion. Il eut à peine le temps de crier « Bien frais, le Coca ! » à la serveuse qui agitait un mouchoir blanc, ou son slip (on ne saurait jamais) en sa direction.

 

Il ne savait pas si  c’était l’altitude ou le vent ou le froid ou la peur ou l’absence de Coca ou le tout, mais il avait mal à la tête. A ses côtés, Seb-père lui faisait des grands signes – ou alors il essayait de s’envoler de sa chaise. Seb-père se mit le doigt sur la tempe et le montra du doigt de l’autre main. S’il voulait lui dire qu’il était fou, il se foutait le doigt dans l’œil jusqu’au slip. Ah non, en fait il lui faisait comprendre qu’il avait quelque chose dans les cheveux.  Un épi, peut-être ? Vu qu’ils volaient à 300 à l’heure assis sur des chaises en plastoc, être mal coiffé paraissait presque naturel. Non, c’était pas ça. Son double masculin semblait lui dire qu’il avait quelque chose DANS la tête. « Ben oui, une putain d’envie de Coca Light  avec des frites et une choucroute et des profiteroles ! » se dit-il.

 

Seb-mère lui sourit. Il voulait jouer. Ca sentait le quizz sur les rois de France ou le rébus, les deux jeux préférés de Seb, avec l’ingestion de Coca light et le gobage de frites. Seb-père montra son cou. Seb-mère pensa aussitôt « Louis XVI ! ». Puis Seb-père mima un mec qui perdait la 2ème guerre mondiale et qui bossait pour les allemands. « Pétain ! » cria-t-il. Seb-père secoua la tête, l’air consterné. Pas facile de faire deviner « cou » puis « s.t.o. ». Pour que Seb-mère comprenne qu’il avait le commandant Cousteau dans le ciboulot, il y avait du boulot. Six boulots, pour être précis. 

« C’était bien le moment de jouer aux devinettes ! », se fâcha Seb-mère qui avait  très envie de fouetter d’autres chats. Tout ça en plein vol, rappelons le. Un truc le chatouilla dans l’oreille. Il gratouilla en vain. Il fouilla, il tripatouilla, il papouilla, il râla, il insista, il farfouilla et il finit par extraire de son oreille un peu de sang. Il le goûta. Il avait fait nettement pire en Sierra-Léone. C’était pas son propre sang, ça avait goût de B- et lui était O+. « Qui c’est le cochon qui saigne dans ma tête ? » se demanda-t-il.

 

Il remit son doigt dans son oreille avec entêtement. Il en tira un petit truc, tout rouge au bout. Genre une sorte de ver de terre qui aurait vécu dans les oreilles. Avec des bras et des jambes. « Putain, le grand schtroumf a déteint », se dit Seb-mère tout en l’engouffrant dans sa bouche goulue. Il recracha le bonnet en laine et trouva que le grand schtroumph avait un drôle de goût de bigorneau. Le commandant Cousteau était re-mort et Seb-mère n’en avait aucun, des remords.

 

Une voix résonna en lui. Une voix de l’intérieur, mais pas sa propre voix. Comme s’il était un château et qu’il était hanté et qu’il avait des oreilles et que le fantôme avait des cordes vocales. Ca criait « Seb !!!!! ». Bon, visiblement, on s’adressait à lui. C’était peut-être un autre stroumph. Ca criait encore : « Je viens en ami. Je suis l’ange Gabriel. Je suis un émissaire de Dieu ! ». Seb frissonna. Ca lui rappelait une histoire : la dernière à avoir entendu ça, elle avait accouché de Jésus ! Il refrissonna comme un grand chêne un soir de grand vent.

 

Au même instant, un grand barbu maigrichon  se pointa de nulle part, au beau milieu du ciel. Il atterrit (il « aciellit » serait plus juste vu qu’ils étaient en plein ciel) au beau milieu de leurs fauteuils volants. Seb-père se dit : « Elle n’est pas terrible, l’hôtesse de l’air ! ». Le barbu leur tint à peu près ce langage :

 

« Ceci est une prise d’otage. Je détourne ce vol et votre attention. Aucun mal ne vous sera fait sauf si vraiment il faut et que je n’ai pas le choix. Tout se passera bien, surtout si vous êtes très sages. Qui d’entre vous s’appelle Bobby ?  Je ne veux pas lui faire de mal, c’est juste que faut qu’on cause, lui et moi. »

 Jésus, car c’était lui, les fixa du regard comme si c’était des papillons et que ses yeux étaient deux punaises effilées comme des amandes.

 

Jésus repéra que le petit gars en double exemplaire assis sur le fauteuil du fond claquait des dents. Peut-être que c’était l’altitude ou le vent ou le froid ou la peur ou l’absence de Coca, se dit-il en lui-même. Il ne pouvait savoir que Seb était en train de graver avec ses dents, sur le corps du commandant Cousteau, en morse, le message suivant : « Bobby, planque tes fesses, tu as Jésus au cul. »

 

 

 

 

Publié dans Dieu et la Sorcellerie

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ggs 25/09/2010 15:28


il faut que je vous avoue que "Dominique de Grillepin" est un jeu de mots très beau que j'ai lu dans "Fluide glacial". C'est dit, ça va peut-être nous amener au tribunal, mais on aura les pieds
propres.
Le titre n'a pas de rapport avec l'article, Vian avait écrit "Un automne à Pékin" qui ne parlait ni de Pékin ni de l'automne. J'espère que sa veuve ne nous lit pas.


Cartman 25/09/2010 14:12


Oui !! c'est vraiment bien !! et le nouveau paier-pain du grille-pain est très beau !!!!
Et en plus ya plus aucun emmerdeur sur ce blog !!!
Waoooooooooo !! la vie est belle,
belle comme une retraite a 60 ans,
belle comme une perquisition chez Liliane,
Belle comme le mariage de Besson
Bravo le grille-pain !! Bravo Dominique !!!


bobby 24/09/2010 20:28


j'adore le titre !
le rapport entre le titre et le texte : génial !
pour le reste on va nullepart et c'est super !