Qui s’y Clearstream s’y pique.

Publié le par grand guide suprème

                

 

              Seb était en enfer, mais il n’était pas en bois.  Il préférait les filles, mais faute de grive il lui arrivait de manger des croûtes de fromage durcies, parfois même il sautait des repas. Là, il était plutôt question de sauter un ami ukrainien, Suture, ce qui tombait très bien, puisqu’il savait dire « Voulez vous danser ? » en ukrainien.  

              Suture lui demanda s’il avait envie d’être fouetté et attaché à un arbre, Seb comprit qu’on lui demandait son âge. Il minauda, cligna de l’œil comme si le mensonge était une poussière et répondit « 17 ans ». Puis, il y eut un grand bruit, un petit nuage de fumée et plus rien.

 

                Il reprit connaissance dans sa chambre. Sa chambre de quand il avait 17 ans, avec les posters de Spinoza et Cantona aux murs, les chaussettes Tintin et Milou qui traînaient par terre comme des feuilles mortes que ses pieds auraient fait valser comme dans les chansons de Montand. Sans l’odeur. Dans la main, il tenait un string  orange qui disait juste « Appelle moi. Signé 06.66.66.66 ». Il se rappelait pas grand-chose de sa soirée précédente, juste une impression de grande confusion, genre la causerie de Domenech à la mi-temps de Autriche –France.

              Une voix appela dans le couloir : « Seb, lève toi, vite, bordel de merde, t’as une colle de physique ce matin ! » Il se redressa, se vit dans le miroir, et faillit défaillir. Il avait perdu 20 ans et retrouvé tous ses cheveux. Sur son torse imberbe était écrit au rouge à lèvres un seul mot : « Vite ! » Il avait 17 ans, tous ses cheveux, une fille sur le feu et une colle de physique dans les pattes. Et pas encore petit déjeuné. Et aucune idée de la tuile qui lui était tombée sur la gueule, comme si sa vie était un toit et que le temps qui passe soufflait à 200 km/heure.

 

                Il mangea en coup de vent, s’habilla en trombe et rejoignit le lycée en courant d’air. Il avait son cartable Tintin et Milou et le string orange dedans. Et aucune idée de ce qui allait se passer à présent. Il se demanda un instant s’il fallait s’arrêter chez Bobby, ou Sherpa ou Prof, enfin devant les maisons où ils habitaient 20 ans plus tôt. Pour expliquer quoi ? « Bonjour madame Sherpa, vous êtes très chouette. Est ce que Sherpa est là, je voudrais lui causer pronto de la mort de Villepin et lui demander comment je fais pour repartir en enfer. » Est-ce qu’ils seraient tous absents, ou tous ignorants du futur qui les attendait, ou tous parachutés dans la peau boutonneuse de leurs 20 ans ? Décider n’était pas son fort, alors il courut, c’est ce qu’il faisait de mieux. Il vit passer un bus sous ses yeux, le 06, puis un 66, puis encore un 66, et puis encore un 66. Il continua à courir à perdre la laine, comme on dit en Ecosse à propos des moutons très rapides.

 

               Il arriva pile à l’heure au cours de philo. Le prof toussota et commença la séance par un bref rappel sur l’histoire d’Eurydice et d’Orphée. Seb frissonna comme si la  fenêtre était restée ouverte et que son sang froid risquait de s’enrhumer. « Et cette histoire, que veut-elle dire, Sébastien ? » interrogea le prof, les yeux soudain rivés sur lui. Le prof enchaîna et Seb se sentit enchaîné sur sa chaise : « Ca signifie que les morts sont morts et qu’il ne faut pas les déranger, sinon on court un gros danger, genre T-Rex dans le slip ! Ca veut aussi dire que personne ne doit faire marche arrière, parce que peut-être que la Terre tourne rond uniquement parce que chacun va dans le bon sens, avec ses petites jambes, et que si un seul fait marche arrière, ça risque de déconner sec ! » La copie de Seb lui fut rendue d’un mouvement ample et dramatique. La note était bizarre : au lieu du 3/20 habituel, il y avait « 06,666666 ». Et, en rouge, à la place du rituel « Catastrophique ! », il y avait « Appelez vite ! ».

 

            La sonnerie retentit, genre trompettes de Jéricho. Seb se rua vers la salle où devaient se tenir sa prof et sa colle de physique. Il entra en B205 et sa prof lui fit signe de ne pas ouvrir la bouche, ce qui l’arrangeait bien vu qu’il n’avait rien révisé. Elle serra le poing et dit juste « Solidarité MGEN ! » Puis elle défit sa ceinture et enleva son futal. Les pensées de Seb se mirent à tourner en rond très vite dans sa tête, comme le chien Europécologie dans un bocal, comme Emmanuelle tourna sa langue 7 fois dans sa bouche avant d’accepter de tourner dans la 1ère pub érotique : « Emmanuelle roule des pelles et prend des râteaux au rayon outillage de Bricomarché ». La prof se tourna et Seb vit qu’elle portait un slip rouge où était écrit « 06.66.66.66.66. Tout de suite. » La prof se rhabilla. Elle ajouta juste : « Je ne sais pas ce qui est écrit sur cette culotte. C’est un mec qui a le bras très long qui me l’a posée sur mon lit ce matin : le mec était dans la cuisine, masqué. Je ne pose pas de question. »

 

         Seb s’acheta un éclair, il avait un peu faim. Il pensait mieux la panse pleine.  Il eut un éclair en passant devant une cabine téléphonique : ce nombre mystérieux, le 06.66.66.66, c’était un numéro de téléphone ! Il fallait qu’il le compose au plus vite, sans réfléchir, comme Domenech compose l’équipe de France ! Il se rua dans la cabine tel Jolly Jumper monté par Rantanplan. Il fit le numéro et une voix féminine familière répondit : « J’écoute. » Son sang ne fit qu’un tour, ce qui était facile vu sa petite taille.

« - Eh, Jacqueline, c’est moi, c’est Seb ! Tu me remets ?

- Je te remets 2 claques si tu redis mon nom au téléphone, andouille !

- Oui, bon, d’accord, je suis revenu dans le passé, qu’est ce qui s’est passé, je suis tout perdu ?

- Rejoins moi là où tu sais. Clic. »

« Clic. » Seb parlait plusieurs langues à clic, et il réfléchit longuement à la signification de ce « clic » qui  clôtura la conversation. Que voulait-il dire ? En baoulé, ça signifiait « bœuf carotte », et « rond point » en peulh. Il ne savait pas trop quoi faire, ni où aller. Il hésitait, c’était ce qu’il faisait le mieux quand il en avait marre de courir.  Il alla pisser un coup aux chiottes du bahut et laissa un mot sur la porte, au cas où Sherpa ou un autre passerait par là : « I’m back. » Il signa : « Le Mak ».

 

                               Il errait dans les rues comme un canard sans tête, sans les plumes. Il s’assit aux pieds d’une statue de Jeanne d’Arc. Il avait un peu faim. Il regardait les pigeons avec les yeux qui brillent. Une voix le fit tressaillir : « Eh ben t’as mis le temps ! » C’était Mamie - Tati Jacqueline. Il regarda partout, sans la voir.

« - Ben t’es où ?

- T’occupes,  l’asticot ! »  répondit-elle.

- T’es ventriloque ? T’es pus pute ?

- J’ai jamais été pute, pauvre naze ! Je suis générale du renseignement, patronne du SDEC, vice impératrice du SBUC, sous ministre du SMURF !

- Ben, pourtant, tu couchais avec moi ! » se défendit Seb.

« - Je bossais ! Je te tatouais dans le dos des messages pour Bobby, quand tu dormais. Et puis, tu me plaisais...Bon, on est pas là pour causer du passé !

- T’es où ?

- Je te parle depuis la statue, qu’est une amie à nous. » Les lèvres de Jeanne d’arc bougeaient effectivement, et Seb se mit à trembler légèrement, comme s’il était une feuille arraché au grand livre du temps, happée par le vent. « Tu te rappelles le passage de « L’être et le néant » où Jean-Paul explique que, dans le phénomène de la mauvaise foi, le menteur est aussi celui à qui on ment ?

- Bof », balbutia Seb qui ne s’attendait pas à une colle de philo après la colle de physique.

« - C’est juste qu’il existe 2 univers. Celui qui correspond à la réalité -celui où t’es en enfer, ligoté à un arbre et fouetté par Suture - et celui où ton mensonge est devenu vrai, ici.

- Je comprends pas trop bien, » répondit Seb d’une voix fluette.

« - Tu as dit à Suture que tu avais 17 ans. Et ben tu les as, tes 17 ans, et tous les problèmes que ça pose avec. Ca nous fait un sacré nœud spatio-temporel. » 

Seb avala sa salive dans un hoquet et ajouta : « C’est pas bien, de mentir, alors ?

- Je suis pas là pour te faire des leçons de morale de ce1 ! Il faut que tu repartes dans le présent (qui est le futur du maintenant), en passant le mur du son dans la Seicento de Prof.

- Mais comment que je vais faire ? Je sais à peine faire mes lacets tout seul !

- Sergio t’aidera. Une fois retourné en enfer, il faudra que tu t’accouples avec toi-même, pour ne faire plus qu’un seul toi-même. Ca devrait aller, vu que tu t’aimes beaucoup,  mais mais…

- Quoi mémé ?

- Mais il faudra que ton esprit à ce moment précis soit parfaitement pur, sinon !!!!!

- Sinon quoi ?

- Sinon tu tomberas enceinte et tu donnerais naissance à 70 autres toi-même ! »

 

 

Mamie - Tati Jacqueline ne vit pas Seb sourire. « Seb le mak », pour dire « Seb le machiavélique ? »

Publié dans Potins

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rothen est un con 09/04/2010 17:43


http://www.lequipe.fr/Football/breves2010/20100409_093427_rothen-et-ses-bouts-de-matches.html


ggs 09/04/2010 17:39


Eh, Bobby, la suite, ça vient ou tu bosses sur le programme d'union des verts et du ps ?


grand guide suprème 06/04/2010 21:46


Je savais que tu aimerais te faire l'amour, c'est très réaliste comme feuilleton.


bobby 06/04/2010 20:39


t'as bien de la chance de te barrer à nantes !


Naomi 06/04/2010 19:41


Il n'y a pas de clics en peul. Mais des consonnes rétroflexes