Clearstream et les gendarmettes.

Publié le par grand guide suprème




          « Pan ! Pan ! Pan ! » C’est par ces mots que Sherpa, le guide spirituel de notre groupe, m’accueillit. Je profitai que sa carabine se soit subitement enrayée comme la voix de Léonard Cohen un soir de rhume arrangé pour montrer patte blanche dans la nuit noire. « Oh, Sherpa, c’est moi ! » Notre leader chéri lança dans l’air frais de la campagne cauchoise quelques insultes qui firent frissonner deux chauve-souris : soit il m’avait reconnu, soit il n’arrivait pas à réarmer son fusil. Je tentai une percée, comme dans le temps sur mon aile gauche, la balle au pied, balle que Bobby attendait souvent face au but, bien au milieu pour ne pas avoir à viser - on l’appelait le « François Bayrou des surfaces », bref. Sauf que cette fois-ci, j’espérai éviter la balle, pour une fois. C’était sans compter sur Europécologie, le chien de Sherpa. Elle me chopa au mollet et me ramena aux pieds de son maître.

« - J’ai mal à mon Guy Mollet !

- Est-ce que la Delors est supportable ? T’as pas intérêt Defferre semblant. » C’était un code entre nous, entre gauchistes. On était toujours raccord. Et j’avais la jambe en confettis rouges.

 

« - Bobby a des problèmes avec deux zombies, chef.

- Arrête-toi donc de causer verlan, dit-il dans son cauchois rugueux, et explique moi plutôt qu’est ce que le Bobby fout avec  des bisons. Il se prend pour un cow-boy ? »

Je lui expliquai ce que Bobby m’avait dit de ne dire à personne, personne étant le nom de code qu’on avait donné à Sherpa, ce qui avait provoqué de nombreux malentendus qui avait valu à Seb Le Mak de perdre 5 orteils dans une punition qui avait un peu dégénéré.

 

                    Bref, quand il entendit le mot Haïti, Sherpa ne fit ni une ni deux. Il dit « Et ben si c’est à ET, les zombies, il faut les rendre à ET, parce qu’il faut rendre à César ce qui est à César sinon on va encore avoir des soucis avec la mafia sicilienne et je te rappelle que la dernière fois Seb y a laissé toutes ses dents ! » Le Sherpa pédalait un peu dans la choucroute. Bon, c’était lui le chef quand même. Je lui expliquais le mot Haïti par un mime (-le tremblement de terre- là il dit « Parkinson »- les galettes de terre –là il dit « les écolos ne savent plus quoi inventer pour se rendre intéressants », - Cité soleil- là il dit « Ca me rappelle qu’il faut que j’aille ramasser mes fraises », - l’indépendance sous Napoléon- là, il me dit « Qu’est ce qui te gratte sous ton pull et pourquoi que tu mets ta casquette de travers, on n’est pas à Chicago ici »).


                    
Une fois qu’il eut compris que je parlais d’Haïti, il leva les bras et me dit « Bon, on se fait un ping-pong maintenant qu’on a bien joué aux devinettes ? » Je lui ré-expliquais l’urgence de la situation avec des mots qui auraient ému un scorpion, lui montrais Bobby sur des photos et lui demandait ce qu’il fallait faire.

Sherpa me proposa d’alerter Bobby de la menace qui planait au dessus  de sa tête comme une épée de Damoclès rouillée. Il n’avait ni téléphone, ni ordinateur, et me suggéra de tatouer ce que j’avais à dire sur la carapace  de trois escargots dressés pour ça. C’était une démarche bio. Je m’inclinais.

 

« - Bon, il est où, Seb le Mak ? reprit-il les choses en main.

- Ben, il relève les compteurs de ses poules au port, rappelai-je.

- Bon, ben vous partez tous les deux sur le champ à Haïti, le nœud de l’affaire y est noué serré serré, ordonna-t-il avec l’autorité de l’arbitre qui te colle un carton rouge, deux penaltys,  Domenech comme entraîneur à vie et deux ans de prison.

- Oh non, coach, pas Haïti avec Sébastienvoilàduboudin ! La dernière fois qu’on est parti en mission en Inde,  on s’est retrouvé au Cachemire en guerre ! C’est la double peine !

- Pas de discussion, exécution. Sinon je raconte tout à Bobby pour Martine. Vous allez me retrouver le sorcier vaudou qui est à l’origine de tout ce bordel. Et vous revenez au rapport fissa. Moi, je sème mes radis et j’attends le retour des escargots. »

 

                    Chirac attendait dehors, caché entre deux poubelles. En ressortant, je l’appelais. Sherpa le regarda d’un air soupçonneux et lui demanda : « Vous, je vous reconnais. Vous étiez pas entraîneur de l’équipe de France, vous ? » Je fis un clin d’œil à Chirac : moins Sherpa en saurait, mieux ça vaudrait pour sa fille. Je les laissai tous les 2 et partis en traînant la jambe comme si j’avais déjà un boulet attaché à la cheville. Mon boulet s’appelait Seb, que j’allais chercher comme on va au peloton d’exécution.

Dans le lointain, j’entendais Sherpa déboucher le calva de Mamie Jacqueline et expliquer à Chirac qu’en  2006, en finale, il n’aurait pas dû faire jouer Zidane en 1er mi-temps, lui-même avait mis Manu sur la touche à Rogerville : c’était la fameuse tactique du 10 caché.

 

 

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Commenter cet article

ggs 11/02/2010 13:34


ça arrive, et tu ne vas pas être déçu... Tu es au coeur de l'histoire !


Miteny 11/02/2010 12:41


bon alors, la suite, ça vient?

les fans s'impatientent


Naomi 10/02/2010 11:14


C'est passionnant ce feuilleton!
Nos héros vont-ils se retrouver à guantanamo en visant Haiti?

On a hâte de savoir.